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Non, l’islam n’encourage pas l’excision : une pratique culturelle trop souvent présentée comme religieuse

L’excision est régulièrement associée à tort à l’islam. Pourtant, aucune prescription du Coran n’ordonne cette pratique et de nombreuses institutions islamiques la considèrent aujourd’hui comme une pratique culturelle sans fondement religieux, voire comme une pratique interdite lorsqu’elle cause un préjudice.

L’association entre excision et islam reste tenace, notamment dans plusieurs sociétés africaines où la pratique existe depuis des générations. Pour certaines familles, elle serait une obligation religieuse, une condition de « pureté » ou encore une étape nécessaire dans l’éducation des jeunes filles.

Mais cette affirmation mérite d’être sérieusement remise en question.

Le Coran ne prescrit pas l’excision

Contrairement à une idée largement répandue, le Coran ne contient aucune prescription ordonnant l’excision des filles. Une publication de l’UNFPA consacrée à la question relève également l’absence de référence à l’excision dans le Coran et souligne qu’il n’existe pas de consensus juridique islamique sur son caractère obligatoire. (UNFAP-Egypt)

La question est plus complexe lorsqu’on aborde certains hadiths et les différentes écoles juridiques. Des divergences historiques existent effectivement sur la circoncision féminine, ce qui signifie qu’il serait également simpliste de prétendre qu’il n’y a jamais eu de débat dans la jurisprudence musulmane.

Mais divergence juridique historique ne signifie pas obligation religieuse universelle.

Même des institutions islamiques rejettent aujourd’hui cette justification

La position de Dar al-Ifta al-Misriyyah est particulièrement claire.

L’institution égyptienne affirme que l’excision relève de la coutume et non d’un rite religieux, et indique qu’aucun texte religieux incontestable ne rend cette pratique obligatoire. Elle rappelle également que le Prophète Muhammad n’aurait pas fait pratiquer cette intervention à ses filles. (موقع دار الإفتاء المصرية)

Plus encore, Dar al-Ifta estime que compte tenu des dommages physiques et psychologiques établis, la pratique doit être considérée comme interdite dans le contexte actuel. (موقع دار الإفتاء المصرية)

Cette position n’est donc pas simplement celle d’organisations occidentales qui critiqueraient une tradition musulmane. Elle est également défendue par des autorités religieuses musulmanes.

Une tradition plus ancienne que l’islam

Autre élément important : l’excision n’est pas née avec l’islam.

La pratique existait dans certaines sociétés avant l’apparition de l’islam et s’est perpétuée dans différents environnements culturels et religieux.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi on retrouve les mutilations génitales féminines dans des communautés de confessions différentes.

L’UNFPA rappelle que la pratique n’est pas seulement présente chez certaines populations musulmanes : elle existe également dans certaines communautés chrétiennes, chez des juifs éthiopiens et dans des communautés pratiquant des religions traditionnelles africaines. (United Nations Population Fund)

La religion peut donc parfois être utilisée pour justifier une pratique qui trouve en réalité ses racines dans des normes sociales et culturelles beaucoup plus anciennes.

Pourquoi continue-t-on alors à parler de religion ?

Parce que les traditions se transmettent.

Dans certaines communautés, une fille non excisée peut être considérée comme différente, moins respectable ou moins « apte » au mariage. L’excision peut également être associée à tort à la chasteté, à la fidélité ou à la maîtrise de la sexualité féminine.

L’UNFPA identifie justement parmi les raisons invoquées le contrôle de la sexualité des femmes, les exigences liées au mariage, les normes sociales et certaines croyances religieuses supposées. (United Nations Population Fund)

Autrement dit, la pression sociale peut progressivement prendre l’apparence d’une obligation religieuse.

Et les conséquences médicales ?

C’est probablement là que le débat devrait être le plus clair.

Les mutilations génitales féminines peuvent entraîner des conséquences physiques et psychologiques importantes. Elles peuvent notamment provoquer douleurs, saignements, infections, complications lors de l’accouchement et conséquences sexuelles et psychologiques à long terme.

L’UNFPA rappelle que ces pratiques sont réalisées pour des raisons non médicales et qu’elles peuvent avoir des conséquences graves sur la santé des filles et des femmes. (United Nations Population Fund)

Pour Dar al-Ifta, le principe islamique selon lequel il ne faut ni infliger ni accepter un préjudice constitue justement un argument majeur contre l’excision lorsqu’elle porte atteinte à l’intégrité physique de la femme. (موقع دار الإفتاء المصرية)

Alors, peut-on encore dire que « l’islam encourage l’excision » ?

Non, cette affirmation est trop catégorique et ne correspond pas à l’ensemble des sources religieuses ni aux positions contemporaines de nombreuses autorités musulmanes.

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