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Politique

Winnie Mandela et Simone Gbagbo : Deux visages d’un même fer

Dans la galerie des figures politiques africaines du dernier demi-siècle, rares sont les femmes à avoir suscité une ferveur aussi ardente et des divisions aussi profondes. À des milliers de kilomètres de distance et à deux époques différentes, Winnie Madikizela-Mandela en Afrique du Sud et Simone Ehivet Gbagbo en Côte d’Ivoire incarnent un même archétype politique : celui de la « pasionaria », cette femme au tempérament d’acier dont l’engagement indomptable dépasse la simple stature d’« épouse de ».

Parler de similitudes entre ces deux figures n’est pas un raccourci : c’est constater la trajectoire croisée de deux femmes forgées par l’épreuve, vénérées par leurs partisans et redoutées par leurs adversaires.

Des combattantes autonomes au charisme propre

Ni Winnie ni Simone ne se sont contentées du rôle figuratif réservé aux Premières dames. Bien avant que Nelson Mandela ne devienne l’icône mondiale de la liberté ou que Laurent Gbagbo n’accède au pouvoir, l’une et l’autre avaient déjà écrit les premières pages de leur propre histoire militante.

Simone Gbagbo, enseignante-chercheuse, syndicaliste de la première heure et cofondatrice du Front Populaire Ivoirien (FPI), s’est imposée comme une idéologue de la gauche ivoirienne. Winnie Mandela, travailleuse sociale à Soweto, est devenue le visage du Congrès National Africain (ANC) sur le terrain lorsque toute la direction du mouvement était emprisonnée ou en exil. Toutes deux ont imposé leur leadership par leur parole enflammée, leur présence physique lors des manifestations et un courage qui frôlait la témérité.

L’épreuve du feu et la figure de proue de la résistance

Leur légende s’est bâtie dans la répression. Banies, arrêtées, jetées en prison Winnie sous le régime de l’Apartheid, Simone sous le régime du parti unique d’Houphouët-Boigny puis après le coup d’État de 1999 et la crise de 2011 , elles ont partagé l’expérience de la détention et de la violence d’État.

C’est pendant l’incarcération de leur époux respectif que leur aura a atteint son sommet. Surnommée la « Mère de la Nation », Winnie a porté sur ses épaules la flamme de la résistance anti-apartheid pendant les 27 ans de détention de Nelson Mandela. De son côté, qualifiée de « Dame de fer », Simone Gbagbo a incarné durant la crise ivoirienne la posture du refus intransigeant face à ce que ses partisans percevaient comme une ingérence étrangère. Dans les deux cas, elles ont incarné l’aile radicale, populaire et sans concession de leur camp politique.

La judiciarisation et l’ombre des controverses

L’intransigeance qui a fait leur force est aussi devenue la source de leurs déboires judiciaires. L’histoire politique de ces deux figures est indissociable des prétoires :

Winnie Mandela s’est retrouvée au cœur de controverses sur les méthodes violentes du Mandela United Football Club à la fin des années 1980 et a dû répondre de ses actes devant la Commission Vérité et Réconciliation.

Simone Gbagbo, arrêtée à la fin de la crise post-électorale de 2010-2011, a été condamnée par la justice ivoirienne à 20 ans de prison (avant d’être amnistiée en 2018) et a longtemps figuré dans le collimateur de la Cour Pénale Internationale (CPI).

La désillusion du retour et la rupture

L’une des similitudes les plus frappantes et les plus tragiques sur le plan personnel réside dans la fin du tandem mythique qu’elles formaient avec leur époux.

(FILES) In this file photo taken on March 13, 2010 Winnie Madikizela Mandela, the former wife of South African former President Nelson Mandela looks on during the funeral of anti apartheid stalwart and Women’s Rights activist Fatima Meer at Durban’s Exhibition Centre.
Winnie Mandela, the ex-wife of South African anti-apartheid fighter and former president Nelson Mandela and high-profile anti-apartheid figure, died on April 2, 2018 in a Johannesburg hospital after a long illness at the age of 81, her spokesman Victor Dlamini said in a statement. / AFP PHOTO / Rajesh JANTILAL

Le retour à la liberté du héros (la sortie de prison de Nelson Mandela en 1990 ; l’acquittement et le retour de Laurent Gbagbo en 2021) n’a pas débouché sur le triomphe du couple reuni, mais sur une rupture publique fracassante. Divorcées sur le plan civil, séparées sur le plan politique, Winnie comme Simone ont vu leur partenaire historique prendre une autre trajectoire, les contraignant à bâtir seules la dernière étape de leur carrière politique.

Deux combats, deux contextes

Si la forme se ressemble, le fond des combats présente d’importantes divergences :

La cause : Winnie Mandela a mené une lutte de libération raciale contre un système de ségrégation (l’Apartheid) condamné par l’humanité entière, un combat à portée universelle. Simone Gbagbo s’est inscrite dans un combat souverainiste et partisan au cœur d’une démocratie disputée, un discours axé sur le patriotisme national qui a suscité de vives fractures internes en Côte d’Ivoire.

L’exercice du pouvoir : Simone Gbagbo a exercé une influence directe au sommet de l’État en tant que Première dame et députée pendant une décennie. Winnie Mandela, en revanche, n’a jamais occupé de poste de premier plan au gouvernement post-apartheid, restant jusqu’à sa mort une figure de contestation interne au sein de l’ANC.

L’héritage de la « Dame de fer »

Winnie Madikizela-Mandela et Simone Ehivet Gbagbo partagent l’ADN des femmes de pouvoir qui refusent les rôles secondaires. Adulées comme des héroïnes de la souveraineté et de la dignité par leurs admirateurs, décriées pour leur radicalité par leurs opposants, elles ont prouvé que dans l’histoire politique africaine, la fermeté et la capacité d’endurance n’étaient pas l’apanage des hommes.

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