Politique

A 92ans Paul BIYA veut un 8è mandat

La candidature de Paul Biya pour un huitième mandat à la tête du Cameroun est symptomatique d’un modèle politique qui semble figé dans le temps. En poste depuis 1982, il incarne l’un des derniers grands bastions du pouvoir hyper-présidentialisé post-indépendance, aux côtés de dirigeants comme Teodoro Obiang en Guinée équatoriale ou Denis Sassou Nguesso au Congo.

Son annonce, relayée via X (anciennement Twitter), s’appuie sur les « appels pressants » de la population et de la diaspora, dans un discours classique de légitimation par la demande populaire — une rhétorique bien huilée dans les régimes à forte centralisation du pouvoir.

Une Constitution à géométrie variable

Rappelons que la Constitution camerounaise, modifiée en 2008 pour supprimer la limitation des mandats, a ouvert la voie à cette continuité sans borne. Cela interroge sur la fonction réelle des institutions démocratiques dans le pays : l’élection présidentielle apparaît davantage comme un rituel que comme un levier de changement ou d’alternance.

Une opposition émiettée, un peuple désabusé

Sur le plan politique, l’opposition reste divisée, incapable de présenter une candidature unique crédible. Les figures comme Maurice Kamto ou Cabral Libii, bien que populaires dans certains segments, n’ont pas encore réussi à bâtir un front uni capable de défier l’appareil Biya, solidement ancré dans l’administration, l’armée et les médias d’État.

Cette désunion crée une dynamique de résignation dans l’électorat, déjà marqué par l’abstentionnisme, la désillusion politique et les tensions dans les régions anglophones.

Défis sécuritaires et économiques : un pays à la croisée des chemins

Sur le plan sécuritaire, la crise anglophone reste une plaie béante. Les affrontements entre séparatistes et forces gouvernementales dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont profondément fracturé l’unité nationale, sans perspective de résolution durable. La question du dialogue national est restée largement cosmétique.

Sur le plan économique, le Cameroun fait face à un chômage endémique des jeunes, des tensions sociales croissantes, et une dépendance marquée aux partenaires internationaux (Chine, France, FMI).

La question générationnelle

À 92 ans, Paul Biya devient le symbole d’un système incapable de préparer sa succession. L’absence de débat sur l’après-Biya révèle une peur du vide institutionnel, mais aussi une stratégie délibérée d’étouffement des alternatives crédibles au sein même du pouvoir.

L’élite dirigeante, souvent vieillissante et déconnectée, entretient une forme de gérontocratie politique, dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 35 ans.

Un signal inquiétant pour la démocratie africaine

Sur le plan continental, cette candidature est un mauvais signal pour les transitions démocratiques en Afrique. Elle intervient dans un contexte de recul démocratique marqué par des coups d’État (Sahel), des troisièmes mandats controversés (Côte d’Ivoire, Guinée, Togo), et un affaiblissement des institutions de contrôle.

Elle pose la question cruciale : peut-on encore parler d’élections dans un système verrouillé de bout en bout ?

La candidature de Paul Biya est à la fois le reflet d’un système à bout de souffle et d’une société en quête de renouveau. Elle interpelle sur la responsabilité des élites, la maturité de l’opposition, mais aussi sur le rôle de la société civile et des jeunes dans la réinvention du contrat politique camerounais.

L’élection d’octobre 2025 ne devrait pas être une simple répétition du passé, mais une opportunité d’éveil citoyen. Si rien ne change, le Cameroun risque d’entrer dans une zone de turbulence institutionnelle grave.

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