Politique

Alassane Ouattara entretient le suspense

« Je prendrai, dans les jours à venir, après mûre réflexion, une décision. »
Par cette formule, Alassane Ouattara a su, une fois de plus, imposer son tempo politique et maintenir le pays en haleine. À moins d’un an de la présidentielle de 2025, le chef de l’État ivoirien s’est exprimé, dimanche 22 juin, devant un stade d’Ebimpé plein à craquer, à l’issue du congrès du RHDP, son parti. Sans confirmer sa candidature, il ne l’a pas non plus écartée. Une posture stratégique, aux multiples lectures.

Une candidature en suspens… mais déjà lancée

Derrière la prudence apparente, le scénario d’un quatrième mandat semble déjà en marche. Le RHDP a, sans surprise, reconduit Ouattara à sa tête et l’a présenté comme son « candidat naturel ». La mise en scène du congrès, les slogans scandés par la foule, les appels des cadres du parti – tout converge vers une candidature d’Alassane Ouattara. En affirmant qu’il donnera sa réponse « après mûre réflexion », le président prépare psychologiquement l’opinion et laisse à ses adversaires l’amertume de l’incertitude.

Ce flou savamment entretenu n’est pas nouveau. Déjà en 2020, Ouattara avait déclaré ne pas vouloir se représenter, avant de revenir sur sa décision après le décès d’Amadou Gon Coulibaly. Il sait combien l’annonce d’une candidature, trop tôt officialisée, cristallise les oppositions, réveille les tensions internes, et précipite les affrontements politiques.

En suspendant sa décision, il garde la main sur le rythme du débat national et oblige ses adversaires à jouer sur un terrain mouvant.

Une opposition à l’arrêt

Cette stratégie prend tout son sens dans un contexte où l’opposition peine à se structurer. Laurent Gbagbo est radié de la liste électorale, tout comme Guillaume Soro. Tidjane Thiam, bien qu’actif sur le terrain, reste freiné par des incertitudes judiciaires. Face à un RHDP organisé, mobilisé, et adossé à un appareil d’État puissant, les forces d’alternance sont pour l’instant dispersées et fragilisées.

Un quatrième mandat, entre légalité et légitimité

Si juridiquement, la Constitution révisée de 2016 autorise une nouvelle candidature, la question de la légitimité démocratique reste entière. À 83 ans, après quinze années au pouvoir, Ouattara est confronté à une attente forte de renouvellement. Un quatrième mandat pourrait être perçu comme une confiscation du jeu politique – au risque de raviver les tensions de 2020, où plus de 80 personnes ont perdu la vie dans les violences préélectorales.

En politique, le silence est parfois plus éloquent que les discours. En ne tranchant pas encore sur sa candidature, Alassane Ouattara ne montre pas d’hésitation : il démontre son art du timing et de la domination symbolique. S’il décide de se représenter, il le fera au moment où l’opinion y sera préparée, son camp consolidé, et ses adversaires encore désorganisés.

Le jeu est donc loin d’être clos…

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