Société

Apres 110 ans , le Djidji Ayôkwé, âme du peuple Atchan, rentre enfin à la maison

C’est un séisme émotionnel et culturel qui secoue la Côte d’Ivoire en ce mois de février 2026. Après 110 ans d’exil dans les réserves françaises, le mythique tambour parleur Djidji Ayôkwé a été officiellement restitué. Retour sur le voyage retour d’un géant de bois qui n’a jamais cessé de hanter la mémoire des siens.

Le « Téléphone » des Atchans réduit au silence

En 1916, en pleine période coloniale, les troupes françaises commettent un acte qui va bien au-delà du simple pillage : elles s’emparent du Djidji Ayôkwé. Pour le peuple Atchan (Ébrié), ce n’est pas qu’un instrument qu’on leur dérobe, c’est leur voix.

Haut de près de 4 mètres et pesant plus de 400 kg, ce tambour sculpté dans un tronc massif et orné d’un léopard était le centre de communication de la région. Il permettait de transmettre des messages d’urgence, de mobiliser les guerriers ou de convoquer les chefs de village. En le volant, le colonisateur a voulu briser la capacité de rassemblement et de résistance des populations locales.

Une victoire diplomatique et législative

Le chemin du retour aura été long. Si le combat s’est intensifié ces 7 dernières années, il a fallu une véritable bataille de procédures pour en arriver là :
en 2019 Abidjan formule sa demande officielle de restitution, en Juillet 2025 : L’Assemblée Nationale française vote une loi d’exception pour permettre la sortie de l’objet des collections nationales, normalement « inaliénables ». puis ce 20 Février 2026 : La cérémonie de remise officielle au Musée du quai Branly à Paris scelle enfin cette justice patrimoniale.

Abidjan, nouvel écrin du « Géant »

Le retour du tambour parleur n’est pas une simple formalité. À son arrivée, il sera installé comme pièce maîtresse du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire.

Le musée, qui rouvre justement ses portes cette année après d’importants travaux de rénovation, a dû adapter ses infrastructures pour accueillir ce monument : sécurité renforcée, climatisation de précision pour préserver le bois centenaire, et surtout, un espace de médiation pour expliquer aux jeunes générations la puissance mystique de cet objet.

Un symbole pour toute l’Afrique

Au-delà de la Côte d’Ivoire, cette restitution est un signal fort envoyé à tout le continent africain. Elle prouve que le dialogue sur la restitution des biens culturels entrepris depuis le discours de Ouagadougou en 2017 porte désormais des fruits concrets.

« Ce tambour n’appartient pas au passé, il est notre futur. Il revient pour dire à notre jeunesse que notre culture est debout« , confiait un chef traditionnel lors de l’annonce.

Le silence du Djidji Ayôkwé aura duré 110 ans. En 2026, son écho s’apprête enfin à résonner de nouveau sur les rives de la lagune Ébrié.

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