Lors d’une récente intervention, l’expert Youssouf Camara a soulevé un paradoxe saisissant : si la Côte d’Ivoire s’est battue pour faire reconnaître et protéger l’appellation de l’attiéké, c’est la Chine qui s’impose aujourd’hui comme le premier vendeur mondial de cette semoule de manioc. Une révélation qui remet en question la stratégie industrielle et la protection des marques africaines.
Le piège de la production artisanale face au marché mondial
La Côte d’Ivoire détient un savoir-faire patrimonial incontestable, mais la réalité économique reste sans appel : le pays n’est pas encore structuré pour répondre aux volumes de consommation mondiaux.
« Vous ne pouvez pas répondre à la demande mondiale avec un standard artisanal. Faire un bon attiéké, ce n’est pas basique. La Côte d’Ivoire n’est pas structurée pour répondre aux volumes de consommation, c’est pour cela que ce n’est pas elle qui y répond », explique Youssouf Camara.
Pendant que la production locale reste largement dominée par des méthodes traditionnelles, des puissances industrielles asiatiques ont su automatiser les procédés, standardiser la qualité et inonder le marché international.
Protéger sa marque, c’est bien ; maîtriser son savoir-faire, c’est mieux
L’un des points majeurs soulevés par l’expert touche à la définition même de la propriété intellectuelle en Afrique. Si les entreprises et institutions s’empressent de déposer des marques auprès de l’OAPI (ou de l’INPI en France), elles omettent souvent de protéger l’essentiel : le procédé technique et le cahier des charges de fabrication.
Déposer un nom ne suffit pas s’il n’est pas adossé à un standard de qualité strict et traçable. Les détenteurs de marques s’agacent parfois du questionnement des organismes de protection, alors que c’est précisément là que réside toute la valeur de leur produit.
Un marché potentiel de 3 milliards de consommateurs
Loin de dresser un constat défaitiste, Youssouf Camara y voit une opportunité économique colossale pour les entrepreneurs africains. Les plus grands consommateurs mondiaux de semoule de manioc se trouvent en Asie.
En industrialisant des variétés prisées comme l’attiéké Abodjama tout en garantissant des normes de qualité internationales, la Côte d’Ivoire peut se positionner sur un marché global estimé à plus de 3 milliards de consommateurs.
Il est désormais temps de passer de la fierté culturelle à la puissance industrielle.






























