À mesure que Laurent Gbagbo s’éloigne de la perspective d’un retour au pouvoir, une autre bataille, plus feutrée mais tout aussi décisive, s’installe au cœur du Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) : celle de sa succession.
Officiellement, rien n’est ouvert. Officieusement, tout a commencé.
Un héritage sans mode d’emploi
Depuis sa création en 2021, le PPA-CI s’est structuré autour d’un homme, d’un nom, d’une histoire. Laurent Gbagbo en est à la fois le fondateur, le ciment et l’ultime arbitre. Mais à 80 ans, et désormais écarté du jeu électoral, l’ancien chef de l’État contraint son camp à envisager l’impensable : l’après.
Or, contrairement à d’autres formations politiques ivoiriennes, aucune figure ne s’est imposée comme successeur naturel. Une situation qui tient autant à la culture du parti qu’à la méthode Gbagbo, longtemps soucieux de ne laisser émerger aucun numéro deux capable de lui faire de l’ombre.
Des ambitions contenues
Dans les rangs du parti, plusieurs cadres apparaissent comme des prétendants potentiels. Justin Koné Katinan, porte-voix historique et fidèle parmi les fidèles, dispose d’une assise politique certaine. Hubert Oulaye, plus discret, conserve une influence notable dans les cercles décisionnels. Jean Gervais Tchéidé, quant à lui, incarne une ligne stratégique plus technicienne.
À leurs côtés, Habiba Touré s’impose progressivement comme une figure montante, capable de renouveler l’image du parti. Mais tous avancent avec retenue. Dans un appareil politique encore dominé par la figure tutélaire de Gbagbo, toute ambition trop affichée peut se révéler contre-productive.
Le poids du fondateur
Car le véritable centre de gravité demeure inchangé. Laurent Gbagbo, bien qu’en retrait, continue de peser sur les équilibres internes. Ses arbitrages, ses silences, et même ses hésitations structurent les rapports de force.
Dans ce contexte, la désignation d’un successeur ne saurait relever d’un simple processus statutaire. Elle dépendra, en grande partie, de la volonté ou du moment choisi par l’ancien président pour passer la main.
L’ombre des fractures
L’absence de ligne claire n’est pas sans risque. Déjà fragilisé par ses choix de boycott lors des dernières échéances électorales, le PPA-CI doit composer avec des tensions internes latentes. Le départ de Stéphane Kipré, qui a pris ses distances avec la formation, illustre les difficultés à maintenir l’unité autour d’un projet politique encore largement personnifié.
À mesure que se rapproche l’échéance du renouvellement de ses instances, la question de la succession pourrait ainsi cristalliser des rivalités jusqu’ici contenues.
Une inconnue persistante
À cette équation déjà complexe s’ajoute un facteur plus informel : l’influence prêtée à Nady Bamba. Sans rôle officiel au sein du parti, elle demeure au cœur de nombreuses spéculations. Pour certains, elle incarne une proximité décisive avec l’ancien chef de l’État ; pour d’autres, son rôle reste largement surestimé.
Le temps du choix
À l’approche des prochaines échéances internes, le PPA-CI se trouve à la croisée des chemins. Entre continuité incarnée par la figure de Gbagbo et nécessité de renouvellement, le parti devra trancher.
Reste à savoir si cette transition se fera sous contrôle à travers une désignation maîtrisée ou au prix d’une recomposition plus brutale.
Une certitude, toutefois : dans un paysage politique ivoirien en pleine mutation, la succession de Laurent Gbagbo ne sera pas seulement une affaire de personnes. Elle dira aussi ce que le PPA-CI entend devenir sans celui qui, pendant des décennies, en a été l’âme et le visage.
