Société

Boissons énergisantes : quand les jeunes paient le prix fort

Dans les couloirs des CHU d’Abidjan, le constat est glaçant : de plus en plus de jeunes Ivoiriens, parfois à peine sortis de l’adolescence, occupent des lits pour des problèmes de santé grave. Leur point commun ? Une consommation excessive de boissons énergisantes.

Dans l’imaginaire populaire, ces canettes colorées sont perçues comme des boosters : elles réveillent, donnent « la force », accompagnent les nuits blanches de révision ou les soirées festives. Mais derrière cette image cool se cache une réalité plus sombre.

Des reins mis à rude épreuve

Au CHU de Treichville, les médecins tirent la sonnette d’alarme. Plusieurs cas d’insuffisance rénale aiguë ont été enregistrés ces derniers mois chez des jeunes de moins de 30 ans. En cause, la forte teneur en caféine, taurine, sucre et additifs chimiques présents dans les boissons énergisantes.

« Certains de nos patients n’ont jamais touché à l’alcool ou aux drogues, mais ils boivent deux, trois canettes d’énergie par jour, parfois plus. Leur système rénal est saturé, épuisé », explique un néphrologue du service de dialyse.

Un phénomène de mode devenu une dépendance

Dans les quartiers d’Abidjan comme Yopougon, Abobo ou Cocody, il n’est pas rare de voir des jeunes consommer ces boissons en journée, comme des sodas classiques. En boîte, en studio ou même pendant les séances de sport, elles sont devenues omniprésentes.

Le plus inquiétant : beaucoup les mélangent avec de l’alcool ou des médicaments (notamment des antidouleurs ou des stimulants), créant des cocktails extrêmement dangereux pour le foie, le cœur… et les reins.

Des cas plus jeunes, plus graves

Certains cas observés récemment concernent des jeunes de 16 à 19 ans. Fatigue chronique, maux de tête, palpitations, douleurs abdominales… Ces signaux d’alerte sont souvent ignorés jusqu’à l’effondrement.

« À 24 ans, je suis sous traitement pour mes reins. Le médecin m’a dit d’arrêter les boissons énergisantes. J’en buvais tous les jours, surtout quand je sortais ou bossais la nuit », témoigne Kevin, étudiant en BTS.

Un vide réglementaire et un marketing agressif

La publicité autour de ces boissons cible clairement les jeunes, avec des slogans axés sur la performance, l’endurance, la réussite. Le problème, c’est que peu d’information est donnée sur les risques à long terme. Aucune mise en garde visible, aucune restriction réelle de vente.

« Dans certaines supérettes, ces boissons sont vendues à côté des friandises. Et aucun contrôle n’existe », déplore un agent de santé communautaire à Marcory.

Que faire ?

Face à cette crise silencieuse, la prévention reste la meilleure arme. Médecins, éducateurs, influenceurs et médias doivent jouer leur rôle. Il est aussi urgent que les autorités sanitaires ivoiriennes renforcent la régulation sur la vente de ces produits, et imposent une information claire sur les dangers liés à une consommation excessive.

Les boissons énergisantes, sous leur emballage flashy, cachent des dangers bien réels. Et ce sont les reins de nos jeunes qui en paient le prix. Il est temps d’en parler.

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