Société

Cacao : la Côte d’Ivoire reste leader, mais qui profite vraiment de l’envolée des prix ?

Le marché mondial du cacao vit une période historique. Avec des cours ayant atteint des sommets records — jusqu’à 12 000 dollars la tonne en 2024 —, l’heure semble à la fête pour les pays producteurs. Mais derrière les chiffres, les réalités sont contrastées. Qui tire réellement profit de cette flambée ?

L’Afrique, cœur du cacao mondial

Sur les cinq plus grands producteurs de cacao au monde, quatre sont africains. La Côte d’Ivoire (1er) et le Ghana (2e) dominent largement la scène, suivis du Nigeria (4e) et du Cameroun (5e). Ensemble, ils fournissent plus de 70 % de l’or brun mondial. Pourtant, dans cette conjoncture favorable, ce ne sont pas nécessairement ces géants qui encaissent le jackpot.

Côte d’Ivoire : la puissance freinée

Leader incontesté avec près de 1,8 million de tonnes produites par an, la Côte d’Ivoire tire bien sûr des bénéfices considérables des prix élevés. En avril dernier, le prix plancher payé au producteur a atteint un record de 2 200 F CFA/kg, contre 800 F en 2017.

Mais ce système encadré par l’État via le Conseil Café Cacao présente aussi des limites :

  • Les producteurs n’ont pas accès aux cours du marché mondial
  • La production plafonne, empêchant de tirer pleinement profit du boom
  • Le modèle fonctionne mieux en période de prix bas qu’en phase haussière

Conclusion : malgré sa position dominante, la Côte d’Ivoire ne capte pas tous les bénéfices de cette phase exceptionnelle.

Ghana : deuxième mais en difficulté

Même modèle que son voisin ivoirien, mêmes défis… mais en pire posture. Le Ghana, où le secteur est piloté par le Cocobod, fait face à :

  • Une récolte historiquement basse (550 000 tonnes en 2023-2024)
  • Un endettement lourd, qui pèse sur les investissements
  • Une volatilité monétaire qui réduit les marges des producteurs

Accra tente de réagir : prix d’achat relevé, ouverture anticipée de la campagne… Mais les résultats restent fragiles, laissant entrevoir un possible recul derrière l’Équateur.

Cameroun : le discret gagnant

Avec une production inférieure à 300 000 tonnes, le Cameroun n’a pas le poids de ses voisins. Mais son choix d’un modèle libéralisé, où le prix suit le marché, fait toute la différence.

  • Prix moyen autour de 5 000 F CFA/kg
  • Forte motivation des producteurs
  • Investissements en hausse dans la transformation locale

Résultat : le Cameroun est aujourd’hui l’un des grands gagnants africains du contexte actuel.

Nigeria : potentiel sous-exploité

Doté d’un fort potentiel (350 000 tonnes), le Nigeria mise sur un modèle également libéralisé. Le gouvernement vient de créer un Office national du cacao pour encadrer la filière. Objectif : atteindre 500 000 tonnes très vite.

Mais les défis sont nombreux :

  • Main-d’œuvre peu attirée par l’agriculture
  • Besoin de structurer la filière
  • Urgence à créer de la confiance chez les investisseurs

Le Nigeria pourrait s’imposer, mais il doit accélérer sa transformation.

Liberia : l’étoile montante

Encore discret il y a quelques années, le Liberia connaît un essor spectaculaire du cacao :

  • Plantations récentes, donc très productives
  • Système libéralisé, avec prix élevés (2 500 à 3 000 F CFA/kg)
  • Main-d’œuvre disponible, ambition nationale

Avec un encadrement renforcé, le Liberia pourrait devenir un acteur de poids, au prix cependant d’une déforestation croissante.

Guinée et Sierra Leone : les outsiders à surveiller

À l’instar du Liberia, la Guinée et la Sierra Leone misent sur le cacao comme levier de croissance. Leurs productions restent faibles (moins de 100 000 tonnes chacune), mais les prix élevés stimulent la croissance.

Le trio Liberia – Guinée – Sierra Leone totalise déjà près de 200 000 tonnes et ambitionne de doubler sa production d’ici 2030.

Bilan : l’argent coule-t-il à flots ?

Pas tout à fait. Si les cours explosent, les bénéfices ne sont pas automatiques. Plusieurs facteurs conditionnent la capacité à capter la valeur :

  • Modèle de commercialisation (libre ou encadré)
  • État des plantations
  • Infrastructure de transformation locale
  • Stabilité politique et économique

Moralité : ce ne sont pas toujours les plus gros qui gagnent le plus. Dans le monde du cacao, la souplesse, la réactivité et la stratégie locale font la différence.

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