L’arène numérique ivoirienne est habituée aux joutes verbales et aux mobilisations citoyennes. Pourtant, ces derniers jours, la figure de proue du mouvement des « Chapeaux Rouges », Cahié Kunta, se retrouve au cœur d’une vive polémique. Connu pour ses positions tranchées et son bras de fer ultra-médiatisé avec le groupe Canal+, l’activiste traverse une zone de turbulences.
En cause ? Une publication récente proposant d’offrir des tickets de transport UTB aux personnes déguerpies souhaitant « rentrer au village ». Une initiative calquée sur les codes d’une campagne électorale qui, sous couvert de solidarité, a susciter l’indignation de nombreux internautes et relancé le débat : guerre noble pour le consommateur ou opportunisme politique calculé ?

Le dérapage de l’offre UTB : Solidarité ou mépris condescendant ?
L’affiche publicitaire qui circule sur les réseaux sociaux reprend tous les codes graphiques d’une campagne électorale : slogan fort (« Ma priorité : la dignité, la solidarité et l’humanité ! »), logo, numéro d’inscription et portrait officiel de Cahié Kunta, tout sourire, arborant sa casquette rouge.
Si l’intention affichée se veut humanitaire venir en aide aux victimes des récents déguerpissements à Abidjan, le message textuel a provoqué un véritable tollé. Inviter les déguerpis à « rentrer au village » a été perçu par une grande partie de l’opinion comme une maladresse profonde, voire une marque de condescendance. Pour les critiques, cette approche réduit le drame social de familles urbaines précarisées à une simple question de flux migratoire vers l’intérieur du pays, occultant la complexité de leur réinsertion locale.
L’affaire Canal+ : Un combat citoyen biaisé par la désinformation ?
Ce bad buzz intervient alors que Cahié Kunta s’est positionné depuis plusieurs mois comme le pourfendeur numéro un des tarifs du groupe Canal+ en Côte d’Ivoire. Si la défense des droits des consommateurs face aux multinationales est une cause traditionnellement saluée, les méthodes et les arguments avancés par l’activiste soulèvent aujourd’hui des questions techniques majeures.
Kunta a activement relayé l’idée que Canal+ aurait unilatéralement augmenté ses offres officielles de 200 FCFA. Or, une analyse factuelle du système de facturation démontre une réalité tout autre :
- La grille tarifaire officielle de Canal+ est restée inchangée.
- Les 200 FCFA supplémentaires constatés lors des réabonnements ne proviennent pas du diffuseur, mais exclusivement des frais de transaction appliqués par les opérateurs de paiement mobile (Mobile Money).
En assimilant des frais de service tiers à une augmentation directe de l’abonnement par Canal+, la communication des « Chapeaux Rouges » induit le grand public en erreur. En matière de droit de la communication et de cyberactivisme, diffuser des affirmations erronées à grande échelle peut s’avérer lourd de conséquences juridiques, notamment sous le prisme de la diffamation ou de la diffusion de fausses informations.
Un positionnement marketing aux parfums d’élections
Au-delà de la maladresse textuelle, c’est la forme même de l’affiche qui interpelle les observateurs de la vie politique ivoirienne. En s’autoproclamant « Président des Chapeaux Rouges » et en utilisant la formule « Les Chapeaux Rouges, la voix des sans voix ! », Cahié Kunta utilise une rhétorique et une imagerie purement politiciennes.
Pour ses détracteurs, le doute n’est plus permis : ce combat acharné contre des géants comme Canal+ et cette mise en scène de la misère sociale ne seraient que les fondations d’un tremplin marketing. L’objectif sous-jacent ? Se bâtir un capital de sympathie populaire, une notoriété de « défenseur du peuple », indispensable pour légitimer une future candidature à des échéances électorales (municipales ou législatives).
Conclusion : La nécessaire responsabilité des leaders d’opinion
Qu’il s’agisse d’une maladresse de communication ou d’une stratégie politique déguisée, l’épisode de l’affiche UTB marque un tournant pour Cahié Kunta. Le passage de l’activisme virtuel à la gestion de problématiques sociales réelles exige une rigueur et une décence que les internautes n’hésitent plus à exiger. Pour conserver sa crédibilité, le leader des Chapeaux Rouges devra impérativement veiller à ce que ses ambitions qu’elles soient purement citoyennes ou discrètement politiques ne se fassent pas au détriment de la vérité factuelle et du respect dû aux populations fragilisées.































