C’est un jour décisif pour le Cameroun. Ce dimanche 12 octobre, près de 8 millions d’électeurs sont appelés à se rendre aux urnes pour élire leur prochain président. Le scrutin, organisé en un seul tour, pourrait prolonger le règne de Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies.
Dès 8 heures, les quelque 31 000 bureaux de vote répartis sur l’ensemble du territoire ont ouvert, selon Élecam, l’organe en charge des élections. Ils refermeront leurs portes à 18 heures, heure locale.
Paul Biya, l’éternel candidat
À 92 ans, Paul Biya brigue un huitième mandat. S’il est réélu, il pourrait rester à la tête du pays jusqu’à ses 99 ans. Fort de la machine politique du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), son parti solidement implanté dans tout le pays, le chef de l’État joue la carte de la stabilité et de l’expérience.
Durant les deux semaines de campagne, le président sortant n’a tenu qu’un seul meeting, à Maroua, dans l’Extrême-Nord — une région symbolique pour son électorat fidèle.
Une opposition fragmentée mais résiliente
Douze candidats étaient initialement en lice, mais deux se sont retirés. Parmi les figures en vue, Issa Tchiroma Bakary du FSNC et Bello Bouba Maïgari de l’UNDP, deux anciens ministres passés dans l’opposition, ont animé la campagne avec des rassemblements populaires.
Le jeune Cabral Libii, arrivé troisième en 2018, espère transformer sa percée passée en succès concret sous les couleurs du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Joshua Osih, successeur du charismatique Ni John Fru Ndi, défend les couleurs du SDF, tandis que Patricia Hermine Tomaïno Ndam Njoya, seule femme candidate, incarne la voix féminine de l’UDC.
Parmi les autres prétendants : Serge Espoir Matomba (PURS), Pierre Kwemo (UMS), Jacques Bougha-Hagbe (MCNC) et Samuel Iyodi Hiram (FDC), benjamin de la compétition.
En revanche, le grand absent du scrutin reste Maurice Kamto, dont la candidature a été invalidée. Une décision qui laisse un vide important dans le camp de l’opposition.
Un scrutin sous tension et sous surveillance
Face à un pouvoir aussi ancien que solidement organisé, l’opposition peine à s’unir. Aucun accord n’a été trouvé pour présenter un candidat unique. Résultat : une dispersion des voix qui pourrait jouer en faveur du président sortant, surtout dans un scrutin à un seul tour.
Le taux de participation s’annonce déterminant. L’enjeu pour les challengers est de mobiliser les abstentionnistes et les 2 millions de nouveaux inscrits. Reste à savoir si les Camerounais, éprouvés par la situation économique, la pauvreté et les crises sécuritaires dans le Nord et les régions anglophones, trouveront la motivation de se déplacer.
Élecam promet un scrutin « apaisé et crédible »
Pour Élecam, les préparatifs sont bouclés. « Tout est prêt : les urnes, les isoloirs, l’encre indélébile, les bulletins… », assure son directeur général, Erick Essousse. L’institution se dit déterminée à garantir un vote transparent, impartial et sécurisé, dans un contexte de défiance généralisée.
Un vote historique
Alors que les bureaux de vote ferment ce soir, une question demeure : le Cameroun va-t-il tourner la page ou prolonger l’ère Biya ?
Entre la continuité d’un pouvoir de 43 ans et l’appel au changement d’une jeunesse en quête de renouveau, le choix des électeurs pourrait bien façonner l’avenir politique d’un pays charnière de l’Afrique centrale.
