En séjour à l’étranger depuis près de deux mois, le chef de l’État camerounais a signé une série de décrets stratégiques remaniant le haut commandement militaire. En confiant la Garde présidentielle et la sécurité de Yaoundé à des hommes de confiance, le président resserre les verrous au sommet du pouvoir, attisant les spéculations de la classe politique.
Un verrouillage stratégique à distance
C’est depuis la Suisse, où il réside depuis 57 jours, que le président Paul Biya a paraphé, le lundi 3 août 2026, trois décrets clés portant sur l’appareil sécuritaire de l’État.
Le mouvement le plus scrabilité concerne la Garde présidentielle (GP), dont la direction est désormais confiée au général de brigade Raymond Jean-Charles Beko’o Abondo (fraîchement promu aux côtés de quatre autres officiers supérieurs). Originaire du Sud tout comme le chef de l’État, ce choix est perçu par de nombreux observateurs comme un renforcement délibéré du premier cercle de protection du pouvoir.

Parallèlement, la sécurité de la capitale politique franchit une nouvelle étape : le général Melingui Nouma prend la tête de la Première Région Militaire Interarmées, devenant ainsi l’homme fort chargé de veiller sur Yaoundé.

Mouvements à l’État-Major et statu quo intrigant
Les remaniements touchent également les hautes instances de la défense :
Le général de division Hippolyte Ebaka est nommé Major général de l’État-major des armées. Les commandants des quatre régions militaires interarmées ont tous été renouvelés.

Le cas René Claude Meka : Fait marquant, le Chef d’État-major des Armées (CEMA) conserve son poste malgré une absence prolongée de la scène publique depuis plusieurs mois.

Doutes, bilinguisme et vives réactions de l’opposition
Rédigés exclusivement en français, ces actes administratifs ont immédiatement relancé le débat sur le respect du bilinguisme institutionnel, mais surtout sur la réalité de la gouvernance à distance.
L’opposant Cabral Libii, président du PCRN, a vivement réagi en évoquant une alternative troublante : soit les décrets attestent de l’exercice effectif du pouvoir malgré l’absence du président, soit leur authenticité interroge, ce qui poserait la question de la gestion du sommet de l’État.

Face aux inquiétudes, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, est intervenu pour démentir toute vacance du pouvoir et assurer un retour « très bientôt » du chef de l’État au Cameroun.
Des priorités sécuritaires face au quotidien des Camerounais
Alors que le chef de l’État concentre ses interventions à distance sur des décrets militaires et des autorisations d’emprunts financiers depuis son départ du pays le 7 juin dernier, la population fait face à des difficultés quotidiennes persistantes : dégradation des infrastructures routières, coupures d’électricité et hausse du coût de la vie.
Pour les analystes politiques, ces ajustements d’envergure au sein des forces armées traduisent une volonté claire : anticiper la stabilité du commandement et assurer une maîtrise absolue du territoire dans un contexte politique sous haute surveillance.































