Après un demi-siècle dans les arcanes du pouvoir, Bello Bouba Maïgari, figure historique du régime camerounais, se présente désormais comme l’homme du changement. À 78 ans, l’ancien Premier ministre et allié indéfectible de Paul Biya rompt une alliance vieille de 28 ans pour affronter, en octobre 2025, celui qu’il a longtemps servi.
Un programme de « rupture »… après 50 ans de service
Lors d’une conférence de presse tenue le 8 août 2025, le leader de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) a dévoilé un ambitieux plan de transformation nationale, au cœur duquel figure un « Plan Marshall » de 60 000 milliards de FCFA pour relancer l’économie. Il promet réconciliation nationale, réformes institutionnelles et modernisation du pays… en seulement six mois de mandat.
Parmi ses mesures phares : rapatriement de la dépouille d’Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun indépendant, révision constitutionnelle avec réduction du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois, scrutin à deux tours, abaissement de l’âge électoral à 18 ans, et création d’une véritable Cour des comptes.
La crise anglophone dans le viseur
Sur le dossier brûlant du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Maïgari plaide pour un « débat vraiment inclusif » et une loi d’amnistie générale pour les détenus d’opinion.
Le paradoxe Maïgari
Mais sa candidature soulève une question centrale : comment incarner le renouveau après avoir passé plus de cinq décennies au sommet de l’État, de l’ère Ahidjo à celle de Biya ?
Certains y voient un calcul électoral opportuniste, d’autres l’expérience d’un vétéran capable de réformer de l’intérieur. Ses détracteurs rappellent qu’il a été ministre d’État jusqu’à récemment, et acteur majeur du système qu’il dénonce aujourd’hui.
Un contexte de défections en série
La rupture de Bello Bouba Maïgari s’inscrit dans une vague plus large : plusieurs anciens proches de Paul Biya se détachent du pouvoir, espérant incarner une alternative. Il rejoint ainsi Cabral Libii (PCRN), Joshua Osih (SDF) et Serge Espoir Matomba (PURS) dans la course.
Reste à voir si les Camerounais croiront au virage « révolutionnaire » d’un homme qui, jusqu’ici, a toujours été du côté du régime qu’il veut désormais combattre.
