C’était la promesse d’une libération symbolique et économique : rayer le Franc CFA de la carte pour faire éclore l’Eco, la monnaie unique de la CEDEAO. Mais sous les discours triomphalistes sur la fin de la dépendance monétaire vis-à-vis de la France se cache un vertige d’une tout autre ampleur.
Remplacer le CFA par l’Eco ne revient pas simplement à changer le nom sur des billets de banque. C’est faire le grand écart entre deux philosophies économiques aux antipodes.
Le piège du cocon monétaire
Aussi décrié soit-il pour ses origines coloniales et le contrôle exercé par Paris, le Franc CFA offrait une garantie immuable : sa parité fixe avec l’Euro. Cette camisole de force a certes parfois freiné l’exportation, mais elle a immunisé l’Afrique de l’Ouest francophone contre les spirales hyperinflationnistes et les dévaluations sauvages qui ont ravagé d’autres pays du continent.

Avec l’Eco, ce cordon ombilical est coupé. En optant pour un taux de change rattaché à un panier de devises et en retirant la garantie du Trésor français, les économies de la zone entrent dans l’arène du marché libre. La stabilité légendaire du CFA fera place à la vulnérabilité des cours mondiaux :
Si les finances publiques ne sont pas gérées avec une discipline de fer, l’Eco pourrait transformer la promesse de souveraineté en cauchemar pour le pouvoir d’achat des ménages.
L’ombre du colosse nigérian
Mais le véritable séisme ne vient pas de l’Europe ; il vient du sous-sol d’Abuja.Intégrer les 15 pays de la CEDEAO sous la même bannière monétaire signifie faire cohabiter la petite monnaie disciplinée des pays de l’UEMOA avec le Naira nigérian une devise régulièrement secouée par l’inflation et totalement dépendante des fluctuations du pétrole.
Le Nigeria représente à lui seul plus de 60 % du PIB de toute la CEDEAO. Dans une union monétaire dominée par un tel géant, ce sont les politiques budgétaires du Nigeria qui dicteront la santé de la monnaie de tous les autres. Si le Nigéria flanche ou dévalue, c’est l’ensemble de la sous-région, d’Abidjan à Dakar, qui en subira l’onde de choc.
Souveraineté retrouvée ou saut dans le vide ?
Rompre avec le modèle du Franc CFA était une exigence historique et politique inévitable. Mais la transition vers l’Eco est un jeu d’équilibriste hautement périlleux.
En troquant le « parapluie » français contre un navire commun battant pavillon nigérian, les pays de la zone devront prouver qu’ils ont la maturité budgétaire nécessaire pour naviguer sans filet. L’Eco ne sera pas seulement la monnaie de la souveraineté : ce sera le crash-test ultime de l’intégration ouest-africaine.































