En lui confiant la présidence en exercice de la CEDEAO, les chefs d’État ouest-africains ne se sont pas contentés de respecter une rotation institutionnelle. Ils ont placé à la tête de l’organisation le seul dirigeant capable de désamorcer la crise existentielle qui secoue la région.
Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest traverse la plus grave tempête de son histoire marquée par la rupture nette des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) , le choix du chef de l’État sénégalais apparaît comme un calcul politique mûrement réfléchi.
Le pont idéal vers le Sahel
Après la création de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la CEDEAO s’est retrouvée face à un mur. Les figures traditionnelles de l’institution souffraient d’un déficit de confiance insurmontable auprès des jégimes militaires.
En tant que dirigeant souverainiste élu démocratiquement, Bassirou Diomaye Faye bénéficie d’une posture unique. Il partage avec les dirigeants du Sahel un discours axé sur la souveraineté, la rupture et le refus des tutelles extérieures, tout en demeurant pleinement ancré dans le cadre légal et constitutionnel. Il est sans doute le seul à pouvoir parler d’égal à égal avec Bamako, Niamey et Ouagadougou sans être perçu comme le bras armé d’une puissance étrangère.
Le rajeunissement et la reconquête des opinions
La CEDEAO souffre d’une crise d’image majeure auprès des populations de la sous-région, souvent raillée comme un « syndicat de chefs d’État » déconnecté des réalités citoyennes.
Incarnant un renouvellement générationnel et portant le poids d’une victoire électorale incontestée, le président sénégalais insuffle une légitimité fraîche à l’institution. Son accession au sommet offre à la CEDEAO l’opportunité de dépoussiérer son discours, de réaffirmer ses valeurs démocratiques et de se rapprocher d’une jeunesse en quête d’autonomie et de perspectives économiques.
Dakar, nouveau centre de gravité régional
Avec cette présidence en exercice et la désignation du Sénégal à la tête de la Commission, le pays de la Teranga redevient le pivot diplomatique incontournable de l’Afrique de l’Ouest. Traditionnellement réputé pour son rôle de médiateur et sa stabilité démocratique, le Sénégal offre une médiation à la fois pragmatique et constructive.
Un mandat sous haute pression
Entre la lutte contre le terrorisme, l’opérationnalisation de la force régionale, la relance du marché unique et la négociation d’une cohabitation apaisée avec le Sahel, la feuille de route est colossale.
Si la désignation de Bassirou Diomaye Faye est une intuition stratégique brillante, la réussir exigera un équilibre délicat : prouver qu’il peut réformer la CEDEAO de l’intérieur sans altérer sa propre identité ni décevoir les attentes de rupture de sa jeunesse.
Afrique : Bassirou Diomaye Faye nouveau président en exercice de la CEDEAO































