Le verdict est tombé dans l’une des affaires politico-judiciaires les plus retentissantes de ces dernières années en France. Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne, a été condamné ce lundi 1ᵉʳ décembre 2025 à cinq ans de prison dont quatre ans ferme, ainsi qu’à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, dans l’affaire dite du chantage à la sextape.
Un complot pour faire taire un rival politique
Âgé de 53 ans, l’élu a été reconnu entièrement coupable de chantage, d’association de malfaiteurs et de détournement de fonds publics par le tribunal de Lyon.
Selon l’enquête, Gaël Perdriau aurait participé à un complot visant son ancien premier adjoint, Gilles Artigues, filmé en 2015 à son insu avec un prostitué dans une chambre d’hôtel. La vidéo intime aurait ensuite servi de moyen de pression afin de le réduire au silence politiquement.
La présidente du tribunal a fustigé la « gravité extrême » des faits, rappelant le devoir de probité et d’exemplarité attendu d’un maire. « Le tribunal n’a trouvé aucune excuse permettant d’atténuer votre responsabilité », a-t-elle déclaré, soulignant la dimension préméditée et organisée du chantage.
Une audience lourde et un rôle central attribué au maire
Lors des réquisitions fin septembre, la procureure avait demandé cinq ans de prison, dont trois ferme, estimant que Perdriau tenait « les mains sur la manette nucléaire ».
Même si l’opération a été exécutée par des proches collaborateurs eux-mêmes passés aux aveux le tribunal a jugé que le maire avait un rôle central dans l’élaboration du piège.
À l’annonce du jugement, quelques applaudissements ont résonné dans la salle d’audience. Le maire, lui, est resté impassible, dénonçant une décision « totalement incompréhensible » et annonçant son intention de faire appel.
Une affaire explosive révélée par la presse
L’affaire avait éclaté en 2022, après une investigation du média d’investigation Mediapart. Malgré les révélations successives, Gaël Perdriau avait toujours nié toute implication et refusé de démissionner.
Catholique et farouche opposant au mariage homosexuel, Gilles Artigues avait été utilisé comme cible pour un piège fondé sur sa vie privée un acte que le tribunal a qualifié de manipulation morale d’une grande violence.
Des coaccusés également condamnés
Trois anciens collaborateurs proches du maire ont également écopé de lourdes peines :
- Pierre Gauttieri, ex-directeur de cabinet : 4 ans dont 2 avec sursis
- L’ancien adjoint à l’Éducation, auteur de la pose de la caméra : 4 ans dont 1 avec sursis
- L’ancien compagnon de ce dernier, qui a organisé l’opération et monté la vidéo : 4 ans dont 1 avec sursis
Tous ont reconnu leur participation au complot.
Une condamnation qui fera date
Ce jugement marque un tournant rare dans la justice française : un maire encore en exercice, condamné fermement pour un chantage politique impliquant une sextape.
Une affaire où se mêlent manipulation, abus de pouvoir et violation grave de l’intimité qui pourrait durablement bouleverser la scène politique locale et nationale.
