Société

« Choisir un camp, c’est emprisonner son écriture » : Christ Kibeloh refuse les étiquettes identitaires

​Peut-on refuser de choisir son camp à l’heure où les débats sur l’identité se radicalisent ? C’est la question brûlante posée par Christ Kibeloh. Installé en Dordogne, loin des plateaux de télévision et de l’agitation médiatique, l’auteur pose un principe fort : « Choisir un camp, c’est emprisonner son écriture ». Un positionnement souverain face auquel la toile, pour l’instant, observe et jauge en silence la trajectoire de cet écrivain libre.

​À 30 ans, cet auteur né à Brazzaville apporte une voix qui va à contre-courant des discours ambiants. Pour lui, le Congo est son père, la France est sa mère, et il refuse qu’on lui impose une étiquette. Message de paix ou exigence impossible à tenir aujourd’hui ? Sur les réseaux, les lignes bougent et le public s’interroge.

​Un retour sans filtre et des vérités percutantes

​Après six ans de recul, Christ Kibeloh revient avec son nouvel essai, Mon regard sur le monde. Écrit avec un style direct et accessible, l’ouvrage refuse le jargon académique pour toucher une large audience. Surtout, l’auteur refuse d’alimenter la culture de la plainte. Pour lui, le temps de la victimisation est révolu : il faut oser se regarder en face.

​L’auteur bouscule les certitudes sur la question du racisme et des mémoires. Il dénonce la « cassette rayée » qui tourne en boucle sur les traumatismes du passé. Selon sa vision, accuser l’autre en permanence revient à lui donner un pouvoir total sur sa propre vie. S’il évoque le choc de son enfance face à la carte de l’Afrique découpée par la colonisation, il refuse de rester bloqué dans le rétroviseur de l’histoire. Il préfère analyser le système contemporain qui contraint encore les esprits.

​Sa plume se fait incisive sur la question de l’immigration clandestine. Il décrit le drame de cette jeunesse qui risque sa vie en mer, poussée par le chômage et le clientélisme local, tout en refusant le mirage d’un Occident idéal. Le ton monte d’un cran lorsqu’il dénonce le pillage des ressources comme le coltan, extrait dans des conditions indignes pour fabriquer nos technologies. Mais l’écrivain cible avec la même force les élites locales, complices de l’instabilité politique pour préserver leurs intérêts.

​Des analyses qui touchent là où ça fait mal

​C’est dans ses récentes prises de parole que Christ Kibeloh pousse la réflexion à son paroxysme. En signant la Une du journal Opinion Internationale, il s’en est pris aux dirigeants africains qu’il qualifie de « ventrus ». Sa critique est sans concession : il compare ces leaders à un roi assis sur un trésor dans son palais, mais qui passe ses journées à mendier la paix et l’aide internationale alors qu’il dispose de toutes les clés pour réussir.

​Brisant les tabous, il souligne que si le continent peine à s’imposer, c’est aussi à cause de ses propres failles internes et de ses élites qui sacrifient l’avenir de la jeunesse pour le pouvoir. Face à cela, il appelle à la fin immédiate de l’assistanat et exige que la jeunesse vise l’excellence pour imposer le respect plutôt que de le réclamer.

​Qu’il parle de souveraineté ou du business opaque autour des jeunes footballeurs africains, l’écrivain refuse les faux-semblants et force à regarder la réalité en face.

​Le refus du buzz stérile

​Contrairement aux codes actuels d’Internet, Christ Kibeloh refuse les clashs gratuits et la quête d’abonnés par la polémique vide. C’est pour cela qu’il avance de manière indépendante, en rassemblant une communauté autour d’un échange exigeant, loin de la superficialité des algorithmes.

​Peut-on encore intéresser le public en restant sérieux et indépendant sur le web ? La trajectoire de cet écrivain libre interpelle.

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