Alors que les autorités faisaient encore campagne pour la « prévention sanitaire », le choléra a déjà tué 7 personnes à Vridi Akobrakré, dans le district sanitaire de Port-Bouët-Vridi, à Abidjan. Officiellement : 45 cas recensés, 7 décès. Officieusement ? Le silence, la stupeur et surtout, la colère.
Il aura fallu cinq morts dans l’indifférence quasi-totale pour que l’Institut National d’Hygiène Publique (INHP) réagisse enfin. Ce jeudi 5 juin, le Professeur Ekra Kouadio Daniel, Directeur général de l’INHP, s’est livré à un exercice d’explication plus qu’à une alerte sanitaire. Oui, l’épidémie a bien été détectée dès le 25 mai. Oui, les symptômes étaient caractéristiques. Mais pourquoi tant de lenteur dans la réaction ?
« Je suis ici pour vous informer et rassurer », a-t-il déclaré. Mais qui peut encore être rassuré après sept décès évitables ?
Pendant ce temps, des familles pleurent, et le choléra rôde.
Les victimes ? Toutes mortes hors hôpital, dans la communauté, dans un contexte de défaillance flagrante du système d’alerte et de réponse rapide. Ce n’est qu’après le drame que les choses semblent bouger : prise en charge gratuite, désinfection, sensibilisation, distribution de kits, etc. Des actions certes utiles, mais bien trop tardives pour ceux qui sont déjà dans les tombes.
De l’eau potable ? À la citerne, en urgence
Ce n’est que quand les morts s’accumulent que l’Office national de l’eau potable (ONEP)
commence à faire acheminer de l’eau potable en camions-citernes. Pourquoi cette précarité hydrique persiste-t-elle encore à Abidjan en 2025 ? Pourquoi faut-il une épidémie pour que l’État reconnaisse **l’échec criant de l’accès à l’eau dans certaines zones urbaines ?
Et maintenant ? On nous dit que « depuis quatre jours, aucun nouveau cas n’a été signalé ». Mais que vaut cette accalmie quand les infrastructures sanitaires restent fragiles, et que les conditions d’hygiène sont toujours dramatiques dans plusieurs quartiers périphériques de la capitale économique ?
Une leçon ? Ou une énième tragédie oubliée ?
Comme à chaque crise, les experts parlent, les caméras filment, les autorités jurent que « plus jamais ça ». Mais combien de temps avant le prochain drame ?
Dans un pays qui se targue d’être en plein « émergence », 7 personnes viennent de mourir pour avoir bu de l’eau.
Le choléra n’est pas une fatalité. C’est le symptôme d’un système qui vacille, d’un État absent, de priorités mal placées. Et tant que ce constat ne sera pas pris à bras-le-corps, d’autres Vridi Akobrakré viendront, avec d’autres morts anonymes, et le même discours rassurant.
