Avant de devenir le « Chouchou » national, l’artiste a fait ses premières armes en 2008 dans le studio du rappeur Almighty sous le nom de Cheeky Salvador un clin d’œil à son prénom civil, Chèque. Mais c’est sa rencontre avec DJ Arafat qui va sceller son destin et son identité.
Nouvellement intégré à la mythique Yorogang en tant qu’animateur (atalaku), le jeune homme déborde d’ambition et d’affection pour le boss. Pour prouver une loyauté sans faille et s’imposer symboliquement comme le chouchou du patron, il empile les superlatifs affectueux : « Chouchou », « Bébé », « Salvador ». Une stratégie payante qui l’installera durablement dans le cercle très fermé des fidèles d’Arafat.
Dans les coulisses de la Yorogang : Une loyauté gravée dans le sang
La Yorogang n’était pas qu’un label, c’était un clan régi par des lois de fer. Chouchou Salvador décrit un univers ultra-strict où la trahison équivalait à une exclusion définitive. S’afficher publiquement ou sympathiser avec un rival de DJ Arafat provoquait instantanément des conflits volcaniques.
Pourtant, dans ce climat de méfiance permanente, Chouchou Salvador jouissait d’un privilège rare : la confiance aveugle du leader. « Arafat me laissait son verre sans surveillance », confie-t-il, un geste qui, dans le milieu de la nuit abidjanaise, vaut toutes les garanties de sécurité. Plus encore, le Daïshikan, connu pour sonego surdimensionné, savait écouter son poulain. Salvador révèle ainsi qu’Arafat a réenregistré trois fois son tube Quabiame uniquement parce que lui estimait que les premières versions manquaient de puissance.
Les larmes impossibles
Le jour où le Coupé-Décalé a tremblé, Salvador l’a vécu à travers l’écran de son téléphone avant de courir à la polyclinique. Si les premiers rapports se voulaient rassurants, le réveil du lendemain sera brutal. C’est l’artiste Ariel Sheney qui l’appelle pour lui annoncer l’irréparable : le décès de DJ Arafat.
Sous le choc, Salvador subit un blocage émotionnel total. Impossible de verser une larme. Ce n’est que le soir de l’enterrement, au son de la musique du mythique Ismaël Isaac, que la digue cède enfin, libérant des mois de douleur contenue. Épuisé et brisé, il sombrera dans la maladie juste après, manquant cruellement la veillée artistique au Stade Félix Houphouët-Boigny.
Quand Salvador a sacrifié son intimité pour Ariel Sheney
C’est sans doute la révélation la plus émouvante de l’interview, témoignant d’une solidarité rare dans le show-business ivoirien. Lorsque la maison et le studio d’Ariel Sheney ont été entièrement ravagés par un incendie dramatique, le laissant sur le pavé, Chouchou Salvador n’a pas hésité.
Pour offrir un toit à son ami et lui permettre de se reconstruire à l’abri des regards, Salvador a pris une décision radicale : demander à sa compagne de l’époque de retourner temporairement en Europe. Pendant plusieurs mois, il a logé Ariel Sheney chez lui, mettant à sa disposition sa voiture, ses vêtements et son intimité, dans la discrétion la plus absolue. Un geste de grand frère qui redéfinit les valeurs de la Yorogang.
Alors que les dossiers de sponsoring ont été envoyés en masse, les marques, partenaires financiers et mécènes ont mystérieusement « coupé leurs téléphones ». Seul avec son équipe pour porter ce projet à bout de bras, Salvador refuse de céder à la colère, mais ne cache pas son amertume. Les tickets étant fixés à 10 000 FCFA et 50 000 FCFA, l’artiste lance un appel solennel à ses fans, le « peuple du Coupé-Décalé », pour remplir la salle et, selon ses propres mots, « fermer des bouches ».
« Le mouvement n’est pas mort »
Face aux oiseaux de mauvais augure qui prétendent que le Coupé-Décalé vit ses dernières heures, étouffé par de nouvelles tendances urbaines comme le Biama, Chouchou Salvador remet les pendules à l’heure. Pour lui, le Biama n’est pas un rival, mais un « enfant légitime » du Coupé-Décalé.
Le véritable problème, selon lui, réside dans la paresse ou l’inactivité de ses pairs. Si le marché semble calme, c’est parce que trop peu d’artistes prennent le risque d’entrer en studio pour proposer des projets d’envergure. Il salue au passage la résilience de rares collègues comme Kevara ou Beno qui, comme lui, continuent de faire vivre la flamme de la musique ivoirienne.
Une philosophie de vie implacable
Pour clore cette interview-vérité, Chouchou Salvador a partagé son mantra, une réflexion pragmatique et teintée d’expérience sur la justice de la rue et les rapports humains :
« Il n’est pas bon de rendre le mal par le mal, mais souvent c’est bien de rendre le mal par le mal pour que celui qui t’a fait du mal puisse savoir que le mal fait mal. »
Le message est passé. Le 30 mai prochain au Palais de la Culture, c’est par le succès et la musique que Chouchou Salvador compte répondre à ceux qui ont cessé de décrocher son appel.
Regardez l’intégralité de l’interview ici : Chouchoir – Entretien exclusif avec Chouchou Salvador sur DEFI Média Télé
