C’est une expression qui traverse les générations sans prendre une ride. En Côte d’Ivoire, qu’on soit à Abidjan, Bouaké ou Korhogo, on ne demande pas aux enfants s’ils veulent regarder des « cartoons » ou des « animations ». On leur demande : « Tu veux regarder Club des petits ? »
Mais d’où vient ce glissement sémantique qui a fini par transformer le nom d’une émission de la RTI en un nom commun pour tout un genre cinématographique ?
L’époque dorée de la RTI
Tout commence dans les studios de la télévision nationale (RTI). À une époque où les bouquets satellites et YouTube n’existaient pas, le rendez-vous des enfants était unique et sacré. L’émission « Le Club des Petits » était la lucarne par excellence qui diffusait les aventures de nos héros préférés.
Le mercredi après-midi et les matins de vacances, toute la jeunesse ivoirienne était scotchée devant le petit écran. Par extension, le contenant (l’émission) a fini par désigner le contenu (les dessins animés).
Un puissant marqueur d’identité culturelle
Ce phénomène, que les linguistes appellent la métonymie, montre à quel point les médias nationaux ont structuré l’imaginaire collectif. Dire « Club des petits » aujourd’hui, c’est convoquer toute une époque : celle des génériques entêtants, des concours de danse entre quartiers et des messages de sensibilisation qui entrecoupaient les épisodes de Tom & Jerry ou de Dragon Ball Z.
Un héritage qui résiste au numérique
Malgré l’explosion des chaînes thématiques et des plateformes de streaming, l’expression survit. Elle est devenue un « ivoirisme » à part entière, au même titre que d’autres marques devenues des noms génériques dans notre quotidien. C’est la preuve que, peu importe la modernité des tablettes actuelles, le souvenir de la lucarne magique de la RTI reste le socle commun de l’enfance en Côte d’Ivoire.
