Ils écument les grands marchés de la capitale économique : Cocovico, Adjamé, Sicogi ou encore Marcory. Sous couvert de vous « guider » ou de vous proposer la bonne affaire, ces démarcheurs d’un nouveau genre travaillent de mèche avec certains commerçants pour gonfler artificiellement les factures. Enquête sur un système d’extorsion bien huilé.
C’est le cauchemar des acheteurs dans les grands marchés d’Abidjan. Que vous cherchiez des mèches, des vêtements, des appareils électroménagers ou des pièces détachées, ils sont là, postés aux abords des commerces. Se présentant désormais sous le titre ronflant de « marketeurs de magasin », ces démarcheurs à la petite semaine rivalisent d’ingéniosité pour ferrer le client.
Mais derrière leur apparente serviabilité se cache une réalité beaucoup plus sombre : une arnaque tarifaire à grande échelle.
Le modus operandi : Une complicité toxique avec les gérants
Le piège se referme en trois étapes cruciales, là où la naïveté des acheteurs est exploitée sans vergogne :
L’approche et le hameçonnage : Le démarcheur vous accoste avec insistance, simulant une parfaite maîtrise du marché et vous promettant l’article idéal au « meilleur prix ».
La mise en relation (la formule « mayonnaise ») : Une fois que vous le suivez, il vous conduit dans un box ou un magasin spécifique. C’est là que l’alliance secrète s’active. Le démarcheur est, dans la majeure partie des cas, de mèche avec le propriétaire ou le gérant du magasin.
Le coup de massue fiscal : Sans que vous ne vous en rendiez compte, le prix de l’article est doublé, voire triplé.
Pourquoi cette flambée ? Ce surplus exorbitant ne correspond en rien à la loi de l’offre et de la demande. Il sert simplement à financer la lourde commission du démarcheur et à maximiser la marge du commerçant complice.
Un mépris total du client : « Stupides, naïfs et trop riches »
Ce qui révolte le plus les victimes de ce système, c’est la mentalité cynique qui anime ces réseaux. Pour ces démarcheurs, le client n’est pas un partenaire, c’est une proie. Ils agissent sous le prétexte fallacieux que les acheteurs sont stupides, naïfs ou qu’ils ont « trop d’argent ».
Ce ciblage comportemental permet d’abuser de la confiance des populations, en particulier de celles qui ne maîtrisent pas les prix réels du marché ou qui n’ont pas le temps de marchander longuement.
La carte des zones à risques à Abidjan
Cette pratique n’est plus isolée, elle s’est industrialisée dans plusieurs places fortes du commerce abidjanais :
| Marchés cibles | Profil de l’arnaque |
| Marché d’Adjamé | Harcèlement dès la descente des Gbaka, orientation forcée vers les ruelles sombres. |
| Marché de Cocovico (Angré) | Approche plus « feutrée » mais marges doublées sur les produits de consommation et d’équipement. |
| Marché de Sicogi (Yopougon) | Escroquerie fréquente sur le prêt-à-porter et les accessoires de mode. |
| Marché de Marcory | Majorations abusives appliquées sur les clients jugés « aisés ». |
Face à la malhonnêteté, l’urgence des poursuites judiciaires
Il faut appeler les choses par leur nom : cette pratique relève purement et simplement de la malhonnêteté et de l’escroquerie en bande organisée. En Côte d’Ivoire, l’affichage des prix est obligatoire et la tromperie sur la valeur des marchandises est sévèrement punie par la loi.
Ces rabatteurs illégaux et leurs commerçants complices méritent d’être poursuivis devant les tribunaux. En attendant que le ministère du Commerce et les forces de l’ordre s’emparent sérieusement du problème pour assainir nos marchés, la vigilance doit être maximale. Entrez toujours seul dans les magasins, refusez systématiquement l’aide des guides improvisés et traitez directement (et discrètement) avec le caissier principal.
