« Tout a augmenté », « Le pays est dur », « On ne s’en sort plus »… Le refrain est bien connu et résonne au quotidien sur les réseaux sociaux comme dans les maquis d’Abidjan. Pourtant, sur le terrain de la consommation, les actes contredisent frontalement les discours. Deux poids, deux mesures : analyse d’une hypocrisie collective qu’il est temps de dénoncer.
Le spectacle de la surenchère dans l’assiette
D’un côté, des cris d’orfraie répétés face à la hausse du panier de la ménagère, de l’huile ou du gaz. De l’autre, des files d’attente interminables et des réservations prises d’assaut pour déguster un plat d’attiéké accompagné d’un poisson affiché à 25 000 FCFA, ou un bol de placali surchargé d’ostentation à 6 000 FCFA.
Où est donc passée cette précarité tant scandée ? Comment expliquer qu’une population qui se dit asphyxiée financièrement trouve les ressources nécessaires pour alimenter des business culinaires basés sur la surenchère et le paraître ?
L’illusion de la misère face au culte du paraître
Ce phénomène met en lumière un mal plus profond : le culte du m’as-tu-vu et la dictature du statut social sur les réseaux sociaux. Pour immortaliser une assiette « VIP » en story Snapchat ou Instagram, certains n’hésitent plus à sacrifier l’équilibre financier de leur foyer.
Il ne s’agit pas de nier les réalités économiques complexes auxquelles font face les ménages, mais de pointer du doigt une incohérence flagrante. On exige des autorités une régulation stricte des prix pendant que l’on valide, par son propre acte d’achat, des tarifs totalement déconnectés de la réalité pour des plats traditionnels de street-food.
Le verdict : Un coup d’arrêt nécessaire
Carton rouge direct à cette frange de la population qui critique dans le vide et entretient elle-même l’inflation par son comportement irrationnel.
Tant que le paraître l’emportera sur la mesure et que la consommation ostentatoire servira de masque à des revendications sociales, le discours sur la « cherté de la vie » perdra toute sa crédibilité. La dignité d’un peuple face aux difficultés économiques se mesure aussi à sa capacité de discipline et à la cohérence de ses priorités.































