Chaque année, la Côte d’Ivoire instaure un repos biologique dans le secteur de la pêche artisanale maritime. Du 1ᵉʳ au 31 juillet 2025, les filets sont restés hors de l’eau, les pirogues à quai et le port d’Abobo-Doumé, d’ordinaire bouillonnant, s’est figé dans un silence inhabituel. L’objectif de cette suspension : permettre la régénération des stocks de poissons et préserver durablement les ressources halieutiques.
Une mesure nécessaire selon le Ministère des Ressources Animales et Halieutiques (MIRAH), qui insiste sur le rôle stratégique de la pêche artisanale pour la sécurité alimentaire du pays. À travers cette pause, les espèces halieutiques ont pu se reproduire, garantissant une meilleure disponibilité des produits pour les mois à venir.
La reprise officielle, un moment attendu
À minuit, dans la nuit du 31 juillet au 1ᵉʳ août 2025, le repos biologique a pris fin. Aussitôt, les pêcheurs ont repris le large. Les lampes à pétrole des pirogues ont scintillé de nouveau au large d’Abidjan, symbole d’une activité économique vitale retrouvée.
À Abobo-Doumé, le principal débarcadère de la capitale économique, l’ambiance était festive : chants, rires, mais surtout le vacarme des moteurs de pirogues revenant au port chargées de poissons. Les mareyeuses, véritables piliers de cette filière, ont immédiatement repris leurs activités. Poissons triés, nettoyés, mis en vente à la criée : le marché a retrouvé son effervescence.
Pour les consommateurs, c’est également une bonne nouvelle. Après un mois de rareté et de hausse des prix, le poisson frais redevient plus accessible.
Un secteur vital pour des milliers de familles
La pêche artisanale n’est pas seulement une activité traditionnelle : elle représente la principale source de revenus de milliers de familles ivoiriennes. Des pêcheurs aux commerçantes en passant par les transporteurs, tout un écosystème économique dépend de ces arrivages.
Selon les chiffres communiqués par le MIRAH, la pêche artisanale maritime contribue à hauteur de 70 % de la production nationale de poisson. Le débarcadère d’Abobo-Doumé, situé dans la commune d’Attécoubé, est d’ailleurs l’un des plus importants du pays, surpassant même celui de Lokodjro.
« Ce repos biologique est une contrainte, mais il est nécessaire. Sans cela, demain, nos enfants n’auront plus de poisson », confie un pêcheur rencontré sur place.
Vers une pêche plus durable
Le ministre des Ressources Animales et Halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a salué le civisme des acteurs du secteur, soulignant que la discipline observée durant cette période démontre leur compréhension des enjeux écologiques.
Il a par ailleurs encouragé les pêcheurs à adopter des pratiques de pêche durable, en évitant notamment les filets à mailles trop fines et les zones interdites, afin de préserver la biodiversité marine.
La Côte d’Ivoire ambitionne de concilier développement économique et protection des ressources naturelles, un défi crucial dans un contexte de forte demande alimentaire et de changement climatique.
La reprise de la pêche à Abobo-Doumé illustre bien ce fragile équilibre entre nécessité économique immédiate et préservation écologique à long terme. Le repos biologique est aujourd’hui perçu, non plus comme une contrainte, mais comme une opportunité d’assurer la durabilité de cette activité millénaire.
Avec le retour des pirogues, des filets et des cris des mareyeuses, Abobo-Doumé retrouve son identité : celle d’un port vivant, au service de l’économie nationale, mais aussi du patrimoine culturel ivoirien.
