Société

Côte d’Ivoire : L’homme qui murmurait à l’oreille des chimpanzés pour sauver Monogaga

À Monogaga, là où la forêt a quasiment capitulé face à l’homme, un passionné mène un combat titanesque. Billy, fondateur de la RootW Foundation, ne se contente pas de soigner des animaux rescapés du braconnage : il reconstruit un écosystème en ruine, transformant les bourreaux d’hier en protecteurs d’aujourd’hui.

Le sanctuaire de la dernière chance

Dans le refuge de Billy, chaque regard croisé raconte une tragédie. Ici, un crocodile à la mâchoire arrachée par un piège ; là, un bébé chimpanzé qui ne survit que grâce à la chaleur d’une « maman adoptive » humaine. En Côte d’Ivoire, le constat est sanglant : 90 % des chimpanzés ont disparu et la forêt de Monogaga est détruite à 97 %.

Pourtant, Billy refuse de baisser les bras. Pour lui, le refuge n’est qu’une salle d’attente. L’objectif final ? Le retour à la vie sauvage sur l’île de Kananga, un sanctuaire naturel où la faune pourra enfin reprendre ses droits, loin des fusils.

Transformer les fusils en jumelles

Le génie du travail abattu par Billy réside dans sa capacité à inclure l’humain dans l’équation. À Monogaga, la protection de la nature n’est plus une contrainte, mais une opportunité économique :

Des anciens braconniers, qui connaissent chaque sentier de la forêt, portent désormais l’uniforme d’éco-gardes pour traquer les pièges qu’ils posaient autrefois.

La fondation finance des pépinières gérées par les femmes du village. Ces arbres sont ensuite rachetés pour le reboisement massif (objectif 15 000 plants pour 2026), créant un cycle de revenus durable. Chaque visiteur contribue directement au développement local. Les recettes du tourisme servent à financer des forages d’eau potable et les écoles, prouvant que la nature vivante rapporte plus que la forêt brûlée.

Un combat contre l’invisible

Malgré les morsures et les risques permanents certains collaborateurs y ont laissé des doigts le plus grand danger reste l’indifférence et la spéculation foncière illégale. Billy ne se bat pas seulement contre les braconniers, mais aussi contre ceux qui vendent la forêt classée par morceaux sur les réseaux sociaux.

« Tant que vous respectez la nature, la nature vous respectera« , martèle celui que certains prennent pour un fou, mais qui est peut-être le dernier rempart contre l’extinction du patrimoine naturel ivoirien.

L’urgence du sursaut

Le projet de Monogaga est un laboratoire d’espoir. Billy nous rappelle que sauver un chimpanzé, c’est sauver une forêt, et sauver une forêt, c’est garantir l’avenir des communautés qui en dépendent. Entre agroforesterie et réhabilitation animale, la RootW Foundation trace la voie d’une Côte d’Ivoire qui refuse de voir son identité sauvage s’éteindre dans le silence des plantations de cacao.

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