À Anyama, le vrombissement des groupes électrogènes commence enfin à se taire, remplacé par le bourdonnement discret des climatiseurs et des ventilateurs qui reprennent du service. Mais pour les habitants, le traumatisme, lui, ne s’efface pas aussi vite qu’une coupure de courant. Nos envoyés spéciaux sont allés à la rencontre de ces habitants entre soulagement amer et peur du prochain « flash », au cœur d’une cité qui réapprend à vivre sous une tension qui ne tient encore qu’à un fil.
Le Cimetière des Appareils
Dans les quartiers, on ne compte plus les victimes collatérales de cette instabilité chronique. Monsieur Bakayoko, gérant d’un petit maquis, contemple son congélateur : « Il a survécu à deux ans de service intense, mais les chutes de tension de ces derniers mois ont eu raison du moteur. Entre la nourriture jetée et les réparations, j’ai perdu l’équivalent de trois mois de bénéfices. »
Comme lui, des milliers de foyers font le deuil de téléviseurs, de frigos et d’ampoules grillées par des retours de courant trop brutaux.
Des Nuits de Plomb
Au-delà du matériel, c’est la santé mentale et physique qui a été mise à rude épreuve. Comment dormir quand la température frôle les 30°C à l’intérieur et que le silence est rompu par les moustiques plutôt que par le souffle d’un ventilateur ?
Des pères et mères de famille se rendaient au travail épuisés. Les élèves d’Anyama, ont dû réviser à la bougie ou sous les lampadaires solaires (pour les plus chanceux).
Certes, les coupures se font plus rares, mais elles n’ont pas disparu. Elles sont passées de « l’obscurité permanente » à une « instabilité imprévisible ». Pour les commerçants, c’est un jeu de roulette russe quotidien : Les boutiquiers hésitent encore à stocker des produits frais. Les artisans travaillent la peur au ventre, craignant la coupure qui stoppera net la machine en plein effort. Anyama sort la tête de l’eau, mais elle garde les yeux rivés sur le compteur. La confiance, elle, est toujours en zone de délestage.
Une Normalité Sous Surveillance
pour les populations d’Anyama,, le vrai retour à la normale passera par une stabilité durable et, peut-être, un geste de la part des autorités pour compenser ces « lustres » de galère.
