Le sentiment de « déconsidération thérapeutique » exprimé par certains patients d’origine africaine en Europe, souvent cristallisé autour de la prescription du paracétamol (« Doliprane pour tout« ), résulte d’une collision complexe entre les normes strictes des systèmes de santé occidentaux et les biais socio-culturels dans la prise en charge.
Le Protocole Européen : Le Refus de la Sur-Prescription
Contrairement à la perception d’un acte paresseux, la non-prescription de médicaments lourds ou d’antibiotiques sans diagnostic avéré est un pilier de la politique de santé publique en Europe, notamment en France :
Les médecins européens sont formés pour résister à la pression des patients qui réclament des médicaments « puissants » (comme des injections ou des antibiotiques) pour des symptômes bénins, une pratique souvent tolérée ou attendue dans d’autres systèmes de santé.
Le système est engagé dans une lutte nationale contre l’antibiorésistance. Prescrire des antibiotiques sans preuve d’une infection bactérienne (et souvent sans attendre les résultats de culture) est formellement découragé et considéré comme une faute professionnelle.
La règle de base est de n’administrer que le strict nécessaire. Le paracétamol (antalgique de palier 1) est le traitement de première intention pour gérer la fièvre ou les douleurs légères à modérées en attendant une évolution des symptômes ou la confirmation d’un diagnostic. Ne pas prescrire d’emblée un traitement lourd est donc un acte médical normé visant à protéger le patient contre les effets secondaires inutiles.
Biais Culturels et Carence en Médecine des Migrations
Cependant, le fossé se creuse là où le protocole rencontre les réalités des patients issus de l’immigration, créant un sentiment d’injustice :
La formation médicale de base en Europe manque souvent de profondeur sur l’épidémiologie des zones tropicales ou les maladies génétiques spécifiques à certaines populations africaines (comme la drépanocytose). Le patient se sent incompris lorsque ses antécédents médicaux ne sont pas pris en compte.
Des études montrent que des biais raciaux implicites persistent. Les soignants peuvent inconsciemment interpréter l’expression de la douleur des patients non-Blancs comme exagérée ou illégitime, conduisant à une sous-estimation de la souffrance et, par conséquent, à une prise en charge allégée (paracétamol au lieu d’une investigation sérieuse).
Nécessité d’une Adaptation du Dialogue
Le « Doliprane pour tout » est donc le point de friction entre une norme thérapeutique prudente et nécessaire (lutte contre les abus) et une relation soignant-soigné défaillante (manque d’écoute et de reconnaissance des spécificités).
