À l’approche du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, une incertitude majeure plane sur la diffusion du premier match des Éléphants pour le grand public. Les chaînes nationales gratuites, RTI et NCI, semblent pour l’heure en difficulté face au géant du secteur payant, Canal+.
Au-delà de l’émotion suscitée par cette nouvelle, cette situation est l’illustration parfaite d’une réalité économique implacable : la transformation du football en un produit de marché premium, soumis aux lois strictes de l’offre et de la demande.
Une compétition devenue un produit « Premium »
Pour comprendre pourquoi les chaînes historiques gratuites peinent à s’aligner, il faut analyser le produit. La CAN n’est plus seulement une fête sportive, c’est un actif financier de haute valeur.
La Confédération Africaine de Football (CAF), détentrice des droits (l’Offre), a pour objectif de maximiser ses revenus pour financer le développement du football continental. Elle met donc ces droits aux enchères. Face à elle, les diffuseurs (la Demande) se battent pour l’exclusivité.
Dans ce jeu d’enchères, la valeur du produit a explosé. Les montants demandés par la CAF pour l’édition 2025 ont atteint des sommets, suivant une tendance inflationniste mondiale observée dans tous les grands événements sportifs (Coupe du Monde, Ligue des Champions).
Le choc des modèles économiques : Publicité vs Abonnement
Le cœur du problème réside dans la différence de modèle économique entre les concurrents :
Les chaînes gratuites (RTI, NCI)
Leur modèle repose essentiellement sur les recettes publicitaires. Pour rentabiliser l’achat des droits, elles doivent vendre des espaces de publicité aux annonceurs. Or, il existe un plafond : les annonceurs ne peuvent pas payer au-delà d’un certain seuil, même pour une forte audience.
Les chaînes payantes (Canal+)
Leur modèle repose sur l’abonnement. L’acquisition des droits est un « produit d’appel ». L’objectif n’est pas la rentabilité immédiate par la publicité, mais l’acquisition et la fidélisation d’abonnés sur le long terme.
Mathématiquement, le modèle par abonnement permet de générer une trésorerie beaucoup plus importante, permettant de formuler des offres financières que les chaînes gratuites, limitées par le marché publicitaire local, ne peuvent techniquement pas suivre.
Pourquoi un diffuseur payant verrouillerait-il l’accès ? C’est ici qu’intervient la notion de rareté.
Si le match est diffusé gratuitement sur la RTI ou NCI, la valeur de l’abonnement Canal+ baisse drastiquement pour le consommateur. Pour que l’offre payante soit attractive, elle doit proposer ce que les autres n’ont pas. L’exclusivité (ou quasi-exclusivité) est donc une condition sine qua non pour justifier l’investissement colossal consenti auprès de la CAF.
C’est une logique de marché pure : le diffuseur payant achète le droit d’être le seul distributeur pour rentabiliser son investissement via ses abonnés.
Vers une segmentation du marché ?
Ce scénario n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. En Europe, la quasi-totalité du football est passée sur des chaînes payantes depuis des années. L’Afrique est simplement en train de rattraper cette mutation économique mondiale.
La situation actuelle pose toutefois la question de la régulation du marché. Souvent, dans d’autres pays, des lois sur les « événements d’importance majeure » obligent la vente de certains matchs (comme la finale ou les matchs de l’équipe nationale) aux chaînes gratuites. En l’absence d’accord ou de régulation stricte, c’est la loi du plus fort financièrement qui prévaut.
Si RTI et NCI ne diffusent pas le premier match, ce n’est pas une anomalie, mais la conséquence logique d’un marché libéralisé. Le football est devenu un produit de luxe dont le prix est fixé par la rencontre entre une offre exigeante (la CAF) et une demande solvable (les chaînes payantes).
