À l’approche de chaque échéance électorale, la société ivoirienne se retrouve dans une atmosphère particulière, marquée par la méfiance, les calculs sociaux et un climat d’anticipation de la crise. Ce phénomène n’est pas anodin : il trouve ses racines dans les traumatismes collectifs laissés par les violences politiques des deux dernières décennies.
Un pays marqué par la mémoire des conflits
Les élections de 2000, la crise post-électorale de 2010-2011 et les épisodes de tensions communautaires ont profondément marqué la conscience collective. La nouvelle génération, qui a grandi dans ces contextes d’instabilité, a hérité de la peur de l’exclusion, de la suspicion et du sentiment que la politique peut, à tout moment, faire basculer la vie quotidienne dans la violence.
Une nature conviviale fragilisée par la politique
Dans leurs habitudes et leur caractère, les Ivoiriens forment un peuple simple, convivial, accueillant et peu enclin à l’animosité gratuite. La convivialité quotidienne, le sens de l’humour et la solidarité demeurent des marqueurs forts de la société. Mais hélas, la politique, avec ses logiques de pouvoir, d’influence et de manipulation, a contribué à fracturer et sectariser cette nature. Elle a transformé des différences d’opinion en lignes de division identitaire, installant une méfiance parfois artificielle dans un tissu social pourtant naturellement pacifique.
Le réflexe de choisir son camp
Ce poids de l’histoire explique pourquoi, en période pré-électorale, beaucoup d’Ivoiriens se sentent contraints de « choisir leur camp ». Non pas toujours par conviction idéologique, mais par stratégie de protection. L’idée est simple : en cas de dérapage ou de crise armée, être identifié à un camp politique ou communautaire peut constituer un « bouclier » pour éviter d’être pris pour cible.
Le jeu d’équilibre au quotidien
Cette réalité crée une situation paradoxale. Dans leurs relations avec les amis, les collègues ou les voisins, certains adoptent une double posture : afficher une neutralité de façade tout en gardant des appuis ou des liens discrets avec un groupe ou un parti, au cas où la situation dégénérerait. C’est une manière de préserver la paix sociale dans l’immédiat, mais aussi d’anticiper une éventuelle survie en cas de bouleversement.
La Côte d’Ivoire est ainsi prise entre deux réalités : celle d’un peuple naturellement pacifique et convivial, et celle d’un environnement politique qui, par ses crises répétées, a profondément façonné les réflexes de survie sociale. Le défi majeur reste de briser ce cycle de peur pour que la compétition électorale ne soit plus perçue comme une menace, mais comme une simple étape démocratique. Restaurer la confiance dans les institutions et dans le vivre-ensemble demeure la clé pour libérer les Ivoiriens de cette tension permanente à chaque rendez-vous électoral.
