À l’heure où la flambée du coût de la vie alimente les débats préélectoraux, une donnée revient souvent dans les comparaisons régionales : le tarif de l’électricité. Si la facture énergétique pèse lourd dans de nombreux foyers africains, la Côte d’Ivoire affiche un coût du kilowattheure (kWh) parmi les plus bas de l’Afrique de l’Ouest. Une performance saluée par les autorités, mais qui soulève aussi des questions sur la soutenabilité du système et la qualité du service.
Un tarif officiellement maîtrisé
Avec un prix moyen de 87 FCFA/kWh (soit environ 0,14 dollar US/kWh), la Côte d’Ivoire est, selon le ministère de l’Énergie, le pays où l’électricité est la moins chère de l’espace UEMOA. Ce tarif est bien en deçà de celui pratiqué au Mali (131 FCFA/kWh), au Burkina Faso (132 FCFA/kWh) ou encore au Sénégal (environ 130 FCFA/kWh).
Cette performance s’explique en partie par un mix énergétique bien diversifié, dominé par l’hydroélectricité (environ 42 % de la production) et complété par des centrales thermiques au gaz naturel, dont le pays dispose localement.
Une politique de subvention encore soutenue
Pour maintenir ces prix bas, l’État ivoirien continue de subventionner une partie du coût réel de l’électricité, notamment pour les abonnés domestiques à faibles revenus. Le Tarif social (catégorie « D ») reste en vigueur pour les ménages les plus modestes. Cette politique vise à garantir l’accès à l’énergie pour tous, dans un contexte de croissance démographique et d’urbanisation rapide.
Mais cette stratégie a un coût. En 2024, les subventions à la filière électrique ont dépassé plus de 100 milliards de FCFA, selon des données du Trésor. Un effort jugé nécessaire mais potentiellement difficile à maintenir à long terme, notamment face aux exigences des bailleurs internationaux qui appellent à une réforme tarifaire plus progressive.
Un service encore inégal selon les zones
Si le prix reste maîtrisé, la qualité de service demeure un défi, en particulier dans les zones rurales et les quartiers périphériques d’Abidjan. Coupures récurrentes, installations vétustes, délais de raccordement : les critiques ne manquent pas.
Le gouvernement a lancé en 2024 la phase 2 du Programme Électricité Pour Tous (PEPT), visant à renforcer l’accès dans les zones mal desservies. L’objectif affiché est d’atteindre un taux d’électrification national de 90 % à l’horizon 2030, contre environ 73 % aujourd’hui.
En Afrique, la Côte d’Ivoire bien placée
À l’échelle du continent, les pays affichant les tarifs les plus élevés sont le Cap-Vert (0,31 \$/kWh), le Mali (0,22 \$) ou encore le Rwanda (0,20 \$). À l’inverse, l’Algérie (0,04 \$), l’Afrique du Sud (0,07 \$) et le Maroc (0,08 \$) figurent parmi les plus accessibles, grâce à des subventions massives ou une production nationale compétitive.
Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire se positionne dans le peloton des pays africains à électricité modérément accessible, à un coût raisonnable pour le consommateur, mais encore perfectible sur le plan technique et financier.
La Côte d’Ivoire peut se targuer d’un tarif électrique plus bas que ses voisins immédiats, fruit d’une politique volontariste, de choix énergétiques judicieux et d’une stratégie d’exportation vers des pays limitrophes (Ghana, Burkina Faso, Mali). Mais à l’approche des élections, la question énergétique pourrait revenir au cœur des débats, non seulement pour le prix payé, mais aussi pour la qualité et la fiabilité du service public d’électricité.
