Il a levé les bras, puis serré les siens dans une étreinte pleine de soulagement. Dimanche soir, après la victoire du Cameroun face à l’Afrique du Sud (2-1) en huitièmes de finale de la CAN 2025, Samuel Eto’o n’a pas simplement célébré une qualification. Il a savouré une victoire personnelle, presque idéologique.
Deux ans après l’échec au même stade, les Lions Indomptables sont de retour en quarts de finale. Ils défieront le Maroc, pays hôte et grand favori. Mais au-delà du terrain, c’est dans les coulisses du pouvoir que ce parcours prend une dimension explosive.
Car cette CAN ressemble de plus en plus à un référendum pro-Eto’o.
Le pari Pagou, l’affront fait aux “intouchables”
En évinçant Marc Brys dans un climat de guerre ouverte avec le ministère des Sports, Eto’o avait pris un risque énorme. Très peu d’hommes auraient osé. Lui l’a fait. Et il a nommé David Pagou, technicien local, discret, presque inconnu du grand public.
Pire encore pour ses détracteurs : la liste pour la CAN est tombée comme une bombe. Pas d’André Onana. Pas de Vincent Aboubakar. Pas de Choupo-Moting. Les “sénateurs” dehors. Les symboles d’hier remerciés.
À Yaoundé, beaucoup parlaient de suicide sportif.
Quelques semaines plus tard, ce choix ressemble à un coup de maître.
Kofane, symbole d’un nouveau Cameroun
Sur le terrain, le Cameroun joue juste. Mieux : il joue libéré. Et surtout, il a trouvé un nouveau chouchou : Christian Kofane, 19 ans, déjà deux buts dans la compétition. Le gamin incarne ce qu’Eto’o vend depuis des mois : le renouveau, la rupture avec les vieux réflexes, la fin du confort.
Cette CAN est en train de valider une idée simple mais brutale : Eto’o avait raison.
Et ça, politiquement, c’est une bombe.
Une victoire contre le système
Car la nomination de Brys, imposée par le ministère contre l’avis de la Fecafoot, avait mis en pleine lumière la lutte d’influence au sommet de l’État. Cette fois, le terrain parle. Et il parle en faveur d’Eto’o.
La presse locale commence à changer de ton. Africa Foot United écrit que « Samuel Eto’o avait finalement raison ». Actu Cameroun va plus loin et affirme qu’il est devenu « le plus sérieux opposant au régime, non pas par les discours, mais par les actes ».
Des mots lourds. Très lourds.
Le post Instagram qui dit tout sans rien dire
Après la qualification, Eto’o publie un cœur à côté de la photo d’Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet Civil de la présidence. Un message codé. Calculé. Éminemment politique.
Rien n’est jamais innocent chez Eto’o.
Dans un entretien récent, il l’avouait lui-même : la simple idée qu’il puisse viser un jour la présidence du Cameroun lui crée « 99 % de ses problèmes ».
« Les gens se disent : il est encore plus populaire que quand il était joueur, donc il veut forcément devenir chef d’État… »
Cette CAN, plus qu’un tournoi
Quoi qu’il arrive face au Maroc, Samuel Eto’o a déjà gagné une bataille symbolique. Il a imposé ses choix. Il a défié les équilibres traditionnels. Et il a obtenu des résultats.
Dans un pays où le football est une affaire d’État, chaque victoire est un message.
Et cette CAN 2025 est peut-être en train d’écrire le premier chapitre d’une histoire bien plus grande que le football.
