À l’approche de l’élection présidentielle de la Fédération ivoirienne de football, les grands manœuvres ne se jouent ni sur la pelouse, ni autour d’un projet sportif. Dans l’ombre des salons ministériels, on pactise, on négocie et on distribue les postes. Une comédie politique qui en dit long sur le mépris accordé au football local.
C’est une enquête signée Jeune Afrique qui vient lever le voile sur les coulisses de l’élection de la Fédération ivoirienne de football (FIF). Alors que le scrutin est fixé au 12 septembre prochain, la bataille ne fait pas rage à coups de programmes ou de bilans. Non, elle se règle par médiations gouvernementales interposées.

Au cœur du scénario : une rivalité naissante entre le président sortant, Yacine Idriss Diallo, et son premier vice-président, Malick Tohé, poussé par plusieurs présidents de clubs. Pour éviter un duel fratricide aux urnes, pas moins de quatre ministres Mamadou Touré, Adama Dosso, Adjé Silas Metch et Anne Ouloto ont été dépêchés au chevet de la « paix fédérale ». Objectif ? Convaincre Malick Tohé de remballer ses ambitions.
L’art du marchandage d’appareil
Les propositions mises sur la table par les médiateurs gouvernementaux frôlent le roman de politique-fiction :
Un partage d’influence à terme, où Idriss Diallo céderait son siège en 2029 s’il parvient à se faire élire à la présidence de la CAF pour succéder à Patrice Motsepe un calcul hautement spéculatif après son récent échec au Conseil de la FIFA face à Djibrilla Hima Hamidou et Ahmed Yahya.
Un renforcement des pouvoirs de Malick Tohé tout en le maintenant au poste de numéro deux.


En 2022 déjà, le scénario s’était joué sur un air similaire. Malick Tohé s’était effacé sous la pression d’Hamed Bakayoko et de Jacques Anouma, permettant à Idriss Diallo de l’emporter d’un cheveu au second tour face au regretté Sory Diabaté (63 voix contre 61).
Quatre ans plus tard, les acteurs changent à peine, mais la méthode reste inchangée : on négocie les hommes, jamais les idées.
Le grand oublié : le football local
Ce spectacle d’arbitrage étatique pose une question fondamentale : quel message envoie-t-on aux acteurs réels du football ivoirien ?

Alors que les clubs de Ligue 1 et des divisions inférieures luttent quotidiennement pour leur survie financière, que les infrastructures locales manquent de moyens et que la formation des jeunes reste le parent pauvre du système, les instances dirigeantes s’enferment dans des logiques de prébendes et de calendrier politique.
On parle d’alliances, de vice-présidences renforcées et de prétentions continentales à l’horizon 2029. Mais qui parle de :
L’amélioration des conditions de vie et de contrat des joueurs locaux ?
L’attractivité et du niveau tactique du championnat national ?
La structuration des centres de formation et de la DTN ?
La transparence financière et du bilan de la mandature écoulée ?
Le bilan est balayé, le projet est inexistant, le terrain est ignoré.
Seule compte la conservation ou la répartition du pouvoir.
Une institution sous tutelle informelle
En laissant le pouvoir exécutif interférer aussi directement dans les équilibres d’une fédération sportive censée être indépendante, le football ivoirien confirme sa vulnérabilité. Déjà en 2022, la FIFA et la CAF avaient tenté d’imposer Didier Drogba en sollicitant l’arbitrage du chef de l’État Alassane Ouattara ce dernier ayant eu la sagesse de refuser.
Aujourd’hui, voir quatre ministres et potentiellement le Premier ministre Robert Beugré Mambé s’impliquer pour sceller un « accord de paix » entre deux dirigeants prouve que la FIF est traitée comme une annexe administrative ou un enjeu d’influence politique, et non comme une institution sportive autonome.
Le football d’en haut s’assure des alliances douillettes pour maintenir le statu quo. Le football d’en bas, lui, continuera d’attendre qu’on s’intéresse enfin au jeu. C’est sans doute là le constat le plus amer de cette pré-campagne : tant que le pouvoir sera le seul sujet de discussion, le football ivoirien restera un géant aux pieds d’argile.































