C’est un séisme pédagogique qui vient de secouer le système éducatif sénégalais. Par une note officielle datée du 25 février, le Ministère de l’Éducation nationale a acté la suppression définitive du concours d’entrée en classe de Sixième. Dès cette année, l’accès au collège ne sera plus une barrière sélective, mais un droit de continuité.
Un Verrou Historique qui Saute
Depuis des décennies, le passage du primaire au moyen était conditionné par un double examen : le CFEE (Certificat de Fin d’Études Élémentaires) pour le diplôme, et le Concours pour obtenir une place au collège public.
En supprimant ce dernier, l’État sénégalais aligne sa politique sur la loi d’orientation qui prône une scolarité obligatoire de dix ans (de 6 à 16 ans). Désormais, la Sixième n’est plus une destination à conquérir, mais la suite logique du CM2.
Les 3 Objectifs Majeurs de la Réforme
Lutter contre la déperdition scolaire
Chaque année, des milliers d’élèves admis au CFEE se retrouvaient « sur la touche » faute d’avoir réussi le concours ou par manque de places. Cette réforme vise à maintenir ces enfants dans le système éducatif le plus longtemps possible.
Désengorger les centres d’examen
Le ministère a également annoncé une nouvelle organisation logistique : les centres d’examen seront désormais limités à 250 candidats maximum. Une mesure censée garantir une meilleure surveillance et une correction plus sereine des épreuves du CFEE, qui reste, lui, maintenu.
Démocratiser l’excellence
En ouvrant les vannes du collège, le gouvernement fait le pari de l’inclusion. L’idée est simple : ce n’est pas à 11 ans qu’on décide du destin académique d’un enfant par un unique examen couperet.
Le Revers de la Médaille : Le Défi des Infrastructures
Construire ou réhabiliter des salles de classe en un temps record. Recruter et déployer de nouveaux professeurs de l’enseignement moyen. Éviter les classes pléthoriques qui pourraient nuire à la qualité de l’apprentissage.
« C’est une victoire pour l’équité, mais un test de feu pour notre logistique scolaire », confie un inspecteur de l’éducation sous couvert d’anonymat.
Le Sénégal franchit une étape décisive vers la modernisation de son école. En transformant le collège en un cycle « obligatoire et direct », le pays s’attaque aux racines de l’exclusion scolaire. Mais le succès de cette « École sans barrières » dépendra de la capacité de l’État à suivre le rythme de ses propres ambitions.
