Il est de coutume de dire à Abidjan que « la bière, c’est le paracétamol du peuple ». Pourtant, ce remède contre les soucis quotidiens devient de plus en plus onéreux. Si l’augmentation du prix du carburant ou de l’huile fait la « Une » des journaux, celle de la bière s’opère par un glissement technique et géographique quasi invisible, mais bien réel pour le portefeuille du consommateur.
La Fin de l’Ère des « 500 FCFA »
Pendant des années, le billet de 500 FCFA était le sésame pour une bière de 65 cl dans la majorité des maquis de quartier. Aujourd’hui, ce prix devient une exception. Des marques populaires, autrefois stabilisées à 600 FCFA, s’affichent désormais à 800 FCFA, voire 900 FCFA dans certains secteurs. L’écart se creuse drastiquement. Si à Yopougon ou Abobo certains résistent encore, dans des zones comme Cocody ou Marcory, le palier des 1 000 FCFA est déjà franchi pour des produits de consommation courante.
Une Responsabilité Partagée : Le Rôle des Dépôts
Contrairement aux idées reçues, le gérant de bar n’est pas le seul artisan de cette hausse. La pression vient d’amont :
Les dépôts de boisson ont réduit les marges des détaillants en augmentant le prix du casier de manière subtile. Entre le transport, la conservation (glace ou électricité pour les frigos) et les taxes municipales, le détaillant se retrouve dans l’incapacité de maintenir le prix forfaitaire de 500 FCFA sans vendre à perte.
La « Prison à Ciel Ouvert » : Un Impact Social
L’expression « prison à ciel ouvert » utilisée par certains observateurs traduit un sentiment d’étouffement social.
Dans un contexte de vie chère généralisée, la bière reste l’ultime marchandise permettant de « décompresser« . Augmenter son prix, c’est toucher au dernier rempart contre le stress social. Cette hausse crée une sélection par l’argent jusque dans les moments de détente, isolant ceux qui n’ont plus les moyens de s’offrir ce moment de partage.
La Méthode « Sournoise et Technique »
L’augmentation ne se fait pas par un décret officiel massif, mais par :
Le changement de format : Introduction de nouveaux formats de bouteilles à des prix plus élevés, remplaçant progressivement les anciens. La rupture de stock organisée : Créer une rareté sur les bières les moins chères pour orienter la consommation vers les gammes « Premium » ou plus onéreuses.

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