Dans une vidéo de 18 minutes intitulée « Indigne », le journaliste d’investigation Romain Molina dresse un réquisitoire particulièrement détaillé contre la gestion de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF). Organisation logistique, sélections de jeunes, conflits d’intérêts, ambitions politiques à la CAF et arbitrages locaux : retour sur la totalité des dossiers abordés.

Dysfonctionnements logistiques et manques de professionnalisme chez les Éléphants
Molina pointe un contraste frappant entre le vivier de talents de la Côte d’Ivoire équivalent selon lui aux meilleures nations africaines et l’amateurisme entourant la sélection A :
Problèmes administratifs et de transport : Plusieurs joueurs doivent réserver eux-mêmes leurs billets ou gérer leurs visas à l’avance pour éviter des ratés. Il cite la privation de rassemblement d’Oumar Diakité au Canada ou de Bazoumana Touré en Arabie Saoudite faute de démarches gérées à temps par la fédération.
Hébergement et organisation : Lors d’un déplacement à Nantes pour un amical contre la France, la délégation a dû attendre 2h30 dans le bus en raison d’une mauvaise réservation d’hôtel.
Médical et encadrement : Face à un manque de confiance envers le staff médical officiel, de nombreux joueurs voyagent avec leurs propres kinés. De plus, le staff de sélection a dû se battre longuement pour obtenir la signature de certains adjoints, l’embauche d’un nutritionniste ou d’un second préparateur physique.
Discipline : Le journaliste remet en question la capacité des dirigeants à exiger une discipline irréprochable de jeunes joueurs de 20 ans alors que certains membres de la fédération arrivent en retard aux repas ou sèchent des réunions clés avec les instances internationales.
Le dossier Emerse Faé et le conflit d’intérêts de la société « Elifa »
Revenant sur le cas d’Emerse Faé, le journaliste avance que la FIF n’a jamais souhaité sa continuité à long terme et l’a utilisé comme un bouc émissaire :
Relations et contrat : Molina indique que la proposition de prolongation courte (3 mois) n’était qu’un moyen pour Idriss Diallo de temporiser et d’éviter une crise populaire avant des échéances électorales.
Affaire de l’agence Elifa : Romain Molina révèle l’activité de la compagne d’Emerse Faé, opérant comme intermédiaire via la société de représentation Elifa. Selon lui, elle aurait approché les familles d’au moins 8 jeunes joueurs des sélections U17, U20 et U23 pour signer des contrats de gestion de carrière.
Laxisme de la FIF : Tout en qualifiant cette situation de conflit d’intérêts majeur et de manquement à l’éthique (contraire aux règlements de la FIFA), Molina précise que la FIF était parfaitement au courant, a tenu des réunions à ce sujet, mais a laissé faire sans intervenir.
Clientélisme dans les sélections de jeunes et fuite des talents
Le journaliste dénonce des dérives structurelles dans les catégories de jeunes :
Sélections d’intérêt : Certains joueurs U17 ou U20 seraient sélectionnés non pas sur des critères sportifs, mais pour valoriser financièrement les académies de dirigeants proches du bureau exécutif ou membres de la FIF.
Perte de pépites : Ce système écarterait de grands talents locaux, incitant certains joueurs ivoiriens à opter pour d’autres sélections nationales de la sous-région (à l’image d’Arsène Kouassi parti représenter le Burkina Faso).
Contournement des droits de formation : Molina mentionne le problème des joueurs ivoiriens falsifiés et enregistrés via le Mali pour priver les clubs formateurs ivoiriens de leurs indemnités de transfert et de solidarité.
Situation alarmante du football féminin
La sélection féminine (récemment éliminée) subit selon le journaliste un traitement indigne :
Absence de moyens : Les joueuses ne toucheraient quasiment aucune prime et souffriraient d’un abandon logistique total.
Pression et menaces : Une responsable fédérale nommée « Lucette » est accusée d’exercer un chantage direct sur les joueuses : toute revendication concernant les primes, les passeports ou les conditions de travail entraînerait une exclusion définitive de la sélection.
Détournement d’objectifs : La FIF percevrait les subventions de la FIFA dédiées au football féminin sans réinvestir réellement ces fonds sur le terrain.
Manœuvres politiques, mensonges à l’exécutif et ambitions à la CAF
Sur le plan politique et institutionnel, Molina accuse Yacine Idriss Diallo de verrouiller le pouvoir à la FIF par des arguments fallacieux transmis au pouvoir politique :
Faux arguments diplomatiques : Pour bloquer toute candidature d’opposition aux prochaines élections de la FIF (notamment en faisant pression sur le président de ligue ou le candidat Sulaiman Cissé), Idriss Diallo affirmerait aux autorités politiques ivoiriennes qu’il est le candidat désigné par Patrice Motsepe pour lui succéder à la présidence de la CAF, et qu’il bénéficie du soutien inconditionnel du Maroc.
Échecs à l’international : Molina qualifie ces propos de fausses informations, rappelant que la présidence de la CAF se décide entre chefs d’État et qu’Idriss Diallo n’a même pas réussi à se faire élire au Conseil de la FIFA, obtenant moins de voix que d’autres dirigeants de la région.
Politique locale et arbitrage : En championnat national, plusieurs présidents de clubs se diraient menacés de sanctions ou d’arbitrages défavorables s’ils ne soutiennent pas ouvertement la ligne du président de la FIF.
Opacité sur les dossiers sensibles et bilan financier du COCAN
Pour conclure, Romain Molina regrette le manque total de transparence de la FIF sur des sujets majeurs :
Les dossiers chauds : Aucune explication claire n’a été donnée sur les raisons du retrait de la Côte d’Ivoire de certaines compétitions ou sur l’absence/gestion de joueurs comme Nicolas Pépé. En interne, Idriss Diallo rejetterait systématiquement la faute sur des « instructions d’en haut ».
Conséquences économiques de la CAN 2023 : Molina rappelle que la victoire sportive des Éléphants a occulté les impayés et les malversations financières du COCAN ayant ruiné de nombreux artisans et entrepreneurs locaux.
À ce jour, la Fédération Ivoirienne de Football et son président Yacine Idriss Diallo n’ont pas apporté de réponse officielle à cette série de déclarations.































