À trois jours de l’élection présidentielle ivoirienne du 25 octobre 2025, l’ancien président Laurent Gbagbo est sorti de sa réserve et a accordé une interview exclusive au média panafricain AFO Media, menée par Alain Foka.
Alors que sa propre candidature a été écartée, Laurent Gbagbo, aujourd’hui âgé de 80 ans, a abordé sans détour son avenir personnel, ses consignes de vote pour les Ivoiriens et a qualifié le processus électoral en cours de « braquage électoral« .
Un retrait des fonctions politiques, pas une « traite »
Interrogé sur la fin de son long combat politique et l’éventualité d’une retraite, Laurent Gbagbo a répondu avec clarté, rejetant le terme de « retraite » :
« Il n’y a pas de retraite en politique, donc je n’irai pas à la retraite. Mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques aussi bien à l’intérieur de mon parti, où je serai plus président, qu’à l’extérieur, que dans l’État. »
Concernant une éventuelle candidature en 2030, où il aurait 85 ans, l’ancien chef d’État a marqué sa différence avec d’autres dirigeants africains :
« À 85 ans ? Vous savez, ailleurs on a vu ça, il y en a qui ont 93 ans… mais c’est leur choix, ce n’est pas le mien. »
Il a ajouté qu’il avait « assez donné » et qu’il était possible de faire de la politique sans occuper de fonctions. Il a confirmé qu’il conduirait le Parti des Peuples Africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) jusqu’au congrès suivant les élections législatives, après quoi il démissionnera et ne sera plus candidat à la direction du parti . Il prévoit ensuite de prendre du temps pour lui et sa famille, et « d’écrire » .
Consignes de vote : « On ne soutient rien, on ne soutient personne »
Le moment clé de l’interview fut la question pressante d’Alain Foka sur la consigne de vote pour ses nombreux partisans, après l’élimination des « grands candidats » , dont lui-même et Henri Konan Bédié.
Laurent Gbagbo a d’abord dénoncé l’élimination de sa candidature, qu’il estime motivée par des raisons électoralistes, qualifiant l’élection du 25 octobre de « coup d’État civil, un braquage électoral » . Il soutient fermement ceux qui manifestent dans la rue contre ce qu’il perçoit comme un déni de démocratie .
Quant aux consignes de vote, il a révélé la position concertée au sein de l’opposition non-participante :
« On est tombé d’accord sur le fait qu’on ne soutient rien, on ne soutient personne et on ne soutient même pas la dynamique électorale. »
Gbagbo a précisé que cela inclut les autres candidats de l’opposition, comme Domelo, en disant aux Ivoiriens ce qu’ils doivent en comprendre :
« Il faut que les Ivoiriens comprennent que Gbagbo Laurent n’appelle à voter pour aucun des candidats qui est en liste. »
En d’autres termes, l’ancien président appelle clairement ses supporters à la non-participation au scrutin présidentiel, laissant entendre que la voie serait ainsi ouverte pour le candidat en lice, ce qu’il a ironiquement comparé à l’effet habituel d’un coup d’État.
