Le Ghana a franchi une étape majeure dans sa politique agricole et industrielle. Le 26 février 2026, le ministre de l’Intérieur, Muntaka Mohammed-Mubarak, a officiellement lancé le Programme de Réglementation du Cannabis, autorisant la culture et la transformation de variétés à faible teneur en THC (moins de 0,3 %) à des fins médicales et industrielles. Cependant, à peine le ruban coupé, une bataille juridique s’engage déjà devant la Cour suprême.
Un cadre strict pour une « Révolution Verte »
Ancré dans la loi Narcotics Control Commission (Amendment) Act 2023, ce programme vise à transformer le Ghana en un hub africain pour le chanvre industriel (fibres, textiles, biocarburants) et les produits pharmaceutiques.
Le gouvernement impose des garde-fous rigoureux :
Aucune licence n’est délivrée si l’agriculteur ne prouve pas l’existence d’un contrat de vente préalable. L’objectif est d’éviter toute fuite vers le marché noir.
La Narcotics Control Commission (NACOC) utilisera des drones de surveillance et un suivi par GPS pour surveiller les plantations, qui doivent se situer à plus de 100 mètres des écoles et habitations. Le pays ne produisant pas encore ses propres semences certifiées à faible THC, les opérateurs devront les importer sous licence.
La controverse des « Licences de luxe »
Si l’annonce a été saluée par les investisseurs internationaux, elle a provoqué une onde de choc chez les petits exploitants locaux. Le 27 février 2026, Mariam Alhassan, une agricultrice de Techiman (région de Bono East), a déposé un recours devant la Cour suprême pour faire annuler le barème des frais de licence.
Au cœur de la plainte :
Les frais de licence s’élèveraient jusqu’à 45 000 dollars par hectare (environ 480 000 GH₵), un montant jugé inatteignable pour les paysans ghanéens.
Les frais sont fixés en dollars US, exposant les locaux à la volatilité du Cedi. La plaignante soutient que ces frais constituent une taxe illégale, car seule l’Assemblée nationale a le pouvoir de lever des impôts au Ghana.
Le paradoxe du chanvre
La défense de Mme Alhassan pointe également une incohérence réglementaire : alors que des produits dérivés du chanvre (cosmétiques, lotions) sont importés et vendus librement dans les boutiques ghanéennes, les producteurs locaux sont soumis à des contrôles dignes des stupéfiants à haut risque, incluant des escortes de sécurité armées pour le transport des récoltes.
Perspectives économiques
Le gouvernement anticipe la création de milliers d’emplois ruraux et des revenus d’exportation massifs, citant le modèle canadien comme source d’inspiration. Néanmoins, l’issue du procès devant la Cour suprême déterminera si cette industrie sera un moteur de développement pour les masses rurales ou un club fermé réservé aux grandes multinationales.
