À Abidjan, chaque soir, le spectacle est devenu presque banal. À 17h, les travailleurs quittent les bureaux du Plateau pendant que, dans le ciel, des milliers de chauves-souris prennent leur envol. Une cohabitation étonnante entre l’homme et la nature, que nous évoquions récemment.
Mais à des milliers de kilomètres de là, en Danemark, certaines villes vont encore plus loin. Elles adaptent carrément leur urbanisme… pour protéger ces mêmes chauves-souris.
Une ville qui voit rouge… pour la bonne cause
Dans la commune de Gladsaxe, en banlieue de Copenhague, une décision surprenante a été prise : remplacer les lampadaires blancs classiques par une lumière rouge sur une grande avenue.
Objectif ? Protéger les colonies de chauves-souris qui vivent à proximité.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la lumière artificielle est un véritable obstacle pour ces animaux. Les éclairages blancs, riches en ondes courtes, perturbent leur orientation et leurs habitudes nocturnes. Résultat : certaines routes deviennent de véritables barrières invisibles pour ces mammifères volants.
Avec une lumière rouge, dont la longueur d’onde est plus élevée, l’impact est beaucoup plus faible. Les chauves-souris peuvent ainsi continuer à chasser et à se déplacer librement, comme si la route n’existait presque pas.
Quand la ville s’adapte à la nature
Cette initiative marque un tournant : pour une fois, l’éclairage urbain n’est plus pensé uniquement pour les humains, mais aussi pour la biodiversité.
Une approche qui s’inscrit dans la lutte contre la pollution lumineuse, un phénomène de plus en plus critiqué pour ses effets sur les écosystèmes. Insectes, oiseaux… et chauves-souris sont particulièrement sensibles à ces perturbations.
Une solution… pas sans risques
Mais tout n’est pas parfait. Si la lumière rouge est idéale pour les chauves-souris, elle l’est beaucoup moins pour les conducteurs.
Sous cet éclairage, l’œil humain perçoit moins bien les contrastes, les distances et les obstacles. Résultat : la réactivité diminue, ce qui peut poser un problème en matière de sécurité routière.
Certaines communes, notamment en France, ont trouvé un compromis : un éclairage modulé selon les saisons, alternant entre lumière chaude (proche du rouge) et lumière blanche pour concilier protection de la faune et sécurité des usagers.
Et au Plateau d’Abidjan ?
La question peut prêter à sourire, mais elle mérite d’être posée.
À Abidjan, le Plateau abrite l’une des plus grandes colonies urbaines de chauves-souris en Afrique de l’Ouest. Chaque jour, elles cohabitent avec des milliers de travailleurs, dans un équilibre fragile entre nature et modernité.
Faut-il aller jusqu’à adapter l’éclairage public pour les préserver ?
La réponse n’est pas simple. Entre enjeux environnementaux, sécurité et réalités urbaines, le défi est de taille.
Mais une chose est sûre : que ce soit en Europe ou en Afrique, les chauves-souris rappellent aux villes une réalité essentielle même au cœur du béton, la nature impose encore ses règles.
Et peut-être qu’un jour, au Plateau, on lèvera les yeux non seulement pour admirer leur envol… mais aussi pour constater que la ville a appris à mieux vivre avec elles.
