Un nouveau palier dans l’indécence vient d’être franchi sur les réseaux sociaux. Derrière l’appellation innocente de « jouets antistress », une tendance virale venue de plateformes chinoises met en scène des sévices particulièrement graphiques sur des poupées noires. Simple défoulement ou symptôme d’un racisme systémique globalisé ? Le débat enflamme la toile.
Du soulagement thérapeutique à la mise en scène de la haine

À première vue, l’objet du scandale n’est qu’un morceau de mousse malléable. Commercialisées sous le nom de Natashadol, ces figurines souples sont conçues pour être pressées ou étirées afin de relâcher les tensions du quotidien. Elles existent en version blanche et noire. Sauf que sur les réseaux sociaux comme Douyin ou Rednote, la réalité thérapeutique a rapidement laissé place à un spectacle d’une violence symbolique inouïe.
Bouillies, découpées, frappées à coups de marteau, écrasées ou mutilées : les vidéos mettant en scène la destruction de la version noire de la poupée accumulent des millions de vues. Si certains algorithmes peinent à y voir autre chose que du contenu de divertissement « ASMR » ou de « destruction satisfaisante », pour de nombreux internautes et observateurs, la frontière de la déhumanisation a été franchie.

Peut-on réellement dissocier l’objet de la symbolique humaine qu’il représente, surtout lorsque les sévices se concentrent massivement sur une couleur de peau spécifique ?
« Ce ne sont pas juste des jouets. Voir une figure humaine noire torturée pour le plaisir et le buzz, c’est l’expression la plus pure d’un racisme décomplexé qui utilise l’algorithme comme bouclier. » Réaction d’un internaute sur X (ex-Twitter).
Le business du clic et l’aveuglement des algorithmes
Ce phénomène remet en lumière un problème structurel profond : l’exploitation des préjugés raciaux à des fins de visibilité numérique. En août 2023, un rapport alarmant de l’ONG Human Rights Watch dénonçait déjà la multiplication des contenus racistes ciblant les personnes noires sur l’Internet chinois, pointant du doigt leur utilisation cynique pour générer du trafic et, par extension, des profits publicitaires.
Le cœur du problème réside dans l’ambiguïté de ces contenus :
Les auteurs de ces vidéos se défendent souvent de toute intention raciste, se réfugiant derrière le concept de la « démolition de jouets ».
Les modérateurs, guidés par des critères stricts mais parfois déconnectés des réalités sociologiques, tardent à censurer ces vidéos sous prétexte qu’aucun être humain réel n’est violenté.
Pourtant, la mise en scène répétée de la violence sur une représentation humaine racisée ne peut être considérée comme anodine. Elle normalise des comportements hostiles et alimente les biais inconscients d’une audience souvent très jeune.
Vers une prise de conscience internationale ?
Face à la viralité de la polémique, les appels au boycott et à la modération stricte se multiplient à l’international. Les ONG réitèrent leurs exigences auprès des géants du web et des autorités pour que le racisme anti-noir en ligne soit reconnu et combattu avec la même sévérité que les autres formes de discours de haine.
Alors que les frontières numériques s’effacent, cette tendance rappelle que les algorithmes n’ont pas de morale, mais que les contenus qu’ils mettent en avant ont un impact bien réel sur la perception de la dignité humaine. Derrière le rire ou le prétendu « soulagement du stress », se cache une complaisance sociétale qu’il devient urgent d’interroger.































