65 350 personnes rassemblées à Koumassi pour exiger la candidature d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle de 2025. Ce chiffre impressionne. Mais au-delà du symbole de la mobilisation, il ravive un vieux débat : celui de la durée du pouvoir, de la souplesse des institutions… et des limites de la démocratie ivoirienne.
Un président déjà à son 3ᵉ mandat
Alassane Ouattara, arrivé au pouvoir en 2011, est actuellement à son troisième mandat présidentiel. Son second mandat devait, selon la Constitution de 2016, marquer la fin de sa présidence. Toutefois, il s’est représenté en 2020, arguant que la nouvelle Constitution avait remis les compteurs à zéro. Une interprétation controversée mais validée par le Conseil constitutionnel.
En 2025, le président sera donc en fin de troisième mandat, et rien, sur le papier, n’empêche une quatrième candidature si ce n’est la tension sociale et politique que cela pourrait exacerber.
Un contexte socio-politique instable
Cette démonstration de force à Koumassi intervient dans un climat politique tendu :
- Plusieurs leaders majeurs de l’opposition (Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro) ont été radiés de la liste électorale.
- La CEI fait face à des critiques de partialité.
- Les manifestations de l’opposition (comme celle du PDCI récemment) sont vues comme des tentatives d’empêcher un glissement autoritaire.
Dans ce contexte, une éventuelle nouvelle candidature d’Alassane Ouattara pourrait aggraver la polarisation, surtout si les principales figures de l’opposition restent hors-jeu.
Koumassi + Ficgayo : démonstration de force du RHDP
À Koumassi, le parti au pouvoir a rempli l’espace Ficgayo, haut lieu symbolique des grands rassemblements à Abidjan. Une performance logistique et politique qui donne du poids à cette marche. En occupant un tel espace, le RHDP affiche non seulement sa capacité de mobilisation, mais envoie aussi un message clair : le président Ouattara reste « bankable » pour 2025.
Cette double démonstration (nombre de participants + lieu stratégique) est perçue par certains observateurs comme une mise en scène bien huilée, destinée à préparer psychologiquement l’opinion publique à une candidature déjà en maturation.
Une mobilisation populaire ou mise en scène politique ?
65 350 personnes à Koumassi et un espace comme Ficgayo rempli… Le chiffre et le lieu frappent les esprits, mais soulèvent aussi des questions :
- Cette mobilisation est-elle authentique et spontanée, ou orchestrée par des relais du RHDP ?
- Est-ce une stratégie pour tester la réaction populaire avant d’annoncer officiellement une candidature ?
- Ou une manière de reprendre le contrôle médiatique, alors que l’opposition occupe le terrain sur la question des radiations ?
Pour beaucoup, le terrain est désormais préparé, les lignes politiques sont en train de bouger, et les prochains mois s’annoncent décisifs.
Les risques d’un 4ᵉ mandat
Un quatrième mandat d’Alassane Ouattara, même légalement défendable, serait politiquement inflammable. Il raviverait les fractures générationnelles, régionales et donnerait du crédit aux accusations de confiscation du pouvoir.
Les risques ?
- Un boycott électoral massif.
- Des manifestations violentes, à l’image de 2020.
- Une perte accrue de confiance dans les institutions républicaines.
Vers un bras de fer électoral ?
L’appel lancé depuis Koumassi et Ficgayo semble poser les bases d’un nouveau bras de fer politique. Alassane Ouattara, s’il cède à cette pression populaire réelle ou construite devra justifier son choix face à une société fatiguée par les longues présidences, et une jeunesse en quête de renouveau.
Le 4ᵉ mandat ne se joue pas uniquement dans les textes, mais dans les cœurs, les urnes, et dans la rue. Et en Côte d’Ivoire, ces trois terrains sont encore très instables.
