Le manque de mécanismes de sécurité sociale et d’entraide entre professionnels du cinéma ivoirien a engendré un phénomène alarmant : l’« humiliation numérique ». Des acteurs et réalisateurs, parfois célèbres, se retrouvent contraints d’utiliser leurs plateformes sociales non pas pour promouvoir leur art, mais pour quémander de l’argent pour des soins de santé, des funérailles ou des besoins vitaux.
Cette situation soulève une question éthique et professionnelle majeure : pourquoi une industrie qui génère du contenu de divertissement et de la fierté nationale est-elle incapable d’assurer la survie décente de ses travailleurs ? L’absence de mutuelles professionnelles structurées et de caisses d’urgence privées révèle une faillite dans l’organisation corporative. Chaque appel à l’aide sur les réseaux sociaux fragilise davantage l’image du métier et renforce l’idée que la carrière artistique est synonyme de misère assurée.
Cela décourage la nouvelle génération de s’orienter vers ces métiers, percevant le milieu comme instable et dégradant.
La pérennité du cinéma ivoirien passe par une prise de responsabilité par les artistes eux-mêmes. Le « focus » doit se déplacer de l’attente passive de l’aide publique vers la création d’outils d’autonomie.
Il est impératif que les syndicats et associations professionnelles (acteurs, réalisateurs, techniciens) se structurent pour mettre en place :
Un système de cotisations obligatoires ou volontaires permettant de créer un fonds de secours pour les cas d’urgence (maladie grave, retraite) s’ils n’en existe pas encore .
L’établissement de grilles tarifaires minimales et de contrats types pour garantir des revenus décents et un accès à la sécurité sociale pour tous les tournages.
Des organismes capables de négocier fermement avec l’État et les diffuseurs (chaînes de télévision, plateformes VOD) pour obtenir des redevances et des droits d’auteur qui peuvent alimenter les fonds sociaux.
Tant que les professionnels n’auront pas créé leur propre filet de sécurité interne, la crise de la solidarité continuera d’exposer leurs membres à l’indignité de la « mendicité numérique ».
