Le paysage social du Niger connaît une mutation profonde. Si la mendicité reste un phénomène visible dans les artères de Niamey, l’approche des autorités a radicalement changé, passant d’une gestion caritative à une politique de « Refondation » marquée par une fermeté inédite.
Une tolérance zéro et des rapatriements systématiques
Depuis 2024, le gouvernement a durci le ton. Les autorités régionales, notamment à Niamey, ont mis en place des mesures de rapatriement systématique des mendiants vers leurs localités d’origine.
La police et la gendarmerie filtrent désormais les axes principaux pour empêcher le retour des groupes de mendiants dans la capitale. Le Niger continue d’organiser le retour de ses ressortissants pratiquant la mendicité dans la sous-région (notamment depuis le Sénégal ou la Côte d’Ivoire) afin de préserver l’image du pays à l’étranger.
Le travail forcé comme alternative ?
L’une des annonces les plus marquantes des autorités est l’orientation vers les grands chantiers nationaux. Le gouverneur de Niamey a récemment averti que les mendiants récidivistes ne seraient plus simplement reconduits, mais pourraient être contraints de travailler sur les grands projets d’irrigation, comme ceux de Kandadji ou de Diffa, pour contribuer à la souveraineté alimentaire du pays.
Une vulnérabilité accrue malgré la baisse des prix
L’actualité d’avril 2026 montre un contraste frappant :
On note une baisse spectaculaire du prix des céréales (-29% pour le mil, -39% pour le maïs) grâce aux politiques de production locale.
Malgré cette baisse, la malnutrition aiguë continue de toucher les couches les plus vulnérables, notamment les femmes enceintes et les enfants, poussant encore certains vers la rue. On estime à près de 8 millions le nombre d’enfants vivant ou travaillant dans la rue à travers le pays, les exposant à des réseaux de délinquance ou d’exploitation.
La dimension sécuritaire et l’AES
Dans le contexte de la Confédération des États du Sahel (AES), la lutte contre la mendicité est désormais liée à la sécurité nationale. Les autorités craignent que la mendicité urbaine et le vagabondage ne servent de couverture au financement d’activités illicites ou au recrutement par des groupes armés. La mobilisation générale actuelle appelle à une « épuration » des rues pour renforcer la vigilance citoyenne.
Vers une dignité retrouvée ?
Le Niger de 2026 tente de briser le cycle de la main tendue par une combinaison de répression, de rapatriement et d’incitation au travail de la terre. Si la volonté politique est claire, le défi reste d’accompagner ces mesures de fermeté par une protection sociale réelle pour les millions d’enfants et de personnes handicapées qui n’ont, pour l’heure, pas d’autre filet de sécurité que la rue.
