Il existe une hypocrisie profonde dans notre manière de reconnaître la nationalité. Une injustice sélective, rarement assumée, mais largement pratiquée : la nationalité de la mère ne vaut presque rien… sauf lorsqu’elle est européenne.
Dans de nombreuses sociétés, la filiation paternelle reste la référence absolue. Celle de la mère est reléguée au second plan, perçue comme une option faible, peu crédible, héritage direct d’un système patriarcal enraciné. Cette mise à l’écart produit des dégâts réels : perte de repères, crise identitaire, sentiment d’exclusion, parfois même rejet de soi.
À l’occasion du derby Côte d’Ivoire Burkina Faso, ce débat prend une résonance particulière. Car au-delà du sport, il interroge notre rapport à l’identité et à la légitimité nationale.
Un enfant né en Côte d’Ivoire, de mère ivoirienne, mais de père étranger, doit constamment prouver son appartenance. On lui rappelle d’où vient son père, on conteste ce qu’il ressent, on invalide son vécu. La nationalité maternelle devient un détail administratif, jamais un argument suffisant.
Pourtant, le discours change radicalement lorsque le décor est européen.
Lorsque la mère détient une nationalité européenne souvent associée à la blancheur, au prestige, aux opportunités elle devient soudainement crédible, incontestable, décisive.
Dans ce cas-là, personne ne demande : « Et le père alors ? » « Est-ce vraiment légitime ? La mère suffit. Son passeport suffit. »
Parce que, dans l’inconscient collectif, toutes les nationalités ne se valent pas.
Le cas évoqué par Yodé et Siro en est l’illustration parfaite.
Éric est né à Abidjan. Sa mère est ivoirienne. Son père, burkinabè.
En Côte d’Ivoire, il est renvoyé à l’identité paternelle.
En Europe, dans une configuration inversée, il aurait été reconnu sans débat.
Alors la question n’est plus seulement celle du patriarcat.
Elle devient plus brutale :
De quel pays la nationalité vaut-elle vraiment la peine ?
Pourquoi la filiation maternelle n’est-elle légitime que lorsqu’elle ouvre des portes ?
La double nationalité, pourtant reconnue juridiquement dans de nombreux États, reste socialement suspecte dès lors qu’elle concerne des pays africains. On l’accepte quand elle élève, on la rejette quand elle ne “rapporte” pas.
Refuser la nationalité de la mère, ce n’est pas seulement nier un droit.
C’est hiérarchiser les identités, classer les appartenances et, au final, décider qui mérite d’être pleinement reconnu. Ce débat n’est pas inconfortable. Il est nécessaire.
Parce que l’identité ne devrait jamais dépendre de la couleur d’un passeport.
