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L’agonie de Cuba : Privée d’eau, d’électricité et de cash, l’île de la Révolution n’est plus qu’une prison à ciel ouvert

À Cuba, la réalité a dépassé le seuil de la simple crise pour devenir une lutte quotidienne pour la survie. Les coupures d’électricité ne se comptent plus en heures, mais en journées entières. À la nuit tombée, La Havane se transforme en une ville fantôme plongée dans une obscurité totale, uniquement éclairée par les phares de rares voitures , tandis que l’ensemble du pays subit régulièrement des black-out nationaux .

Sans courant, la chaîne alimentaire est rompue : dès 19 heures, les habitants s’affrontent et patientent parfois plus de 3 heures dans de longues files d’attente devant les boulangeries pour espérer acheter du pain pour le lendemain , . De plus, l’absence de carburant paralyse totalement les services publics de base, comme les camions poubelles, ce qui pousse les habitants à brûler leurs déchets directement au milieu des rues. Même les universités ont dû fermer leurs portes, forçant les étudiants à tenter de suivre des cours en ligne malgré un réseau internet extrêmement faible.

À cette obscurité s’ajoute une crise de l’eau sans précédent. Le manque de carburant empêche le pompage et la distribution. L’eau potable ne coule dans les robinets que tous les 15, 18 ou 21 jours . Pour cuisiner ou se laver, les Cubains n’ont d’autre choix que d’acheter à prix d’or de l’eau acheminée par des camions-citernes , ou de cuisiner au feu de bois lorsque l’électricité et le gaz viennent à manquer. Le système D s’étend à tous les aspects de la vie : face à la pénurie de papier toilette, les habitants en sont réduits à utiliser de vieux journaux ou des livres .

Travailler pour survivre : le mirage du salaire moyen et l’économie à deux vitesses

Sur le plan financier, la monnaie locale s’est effondrée. Qu’ils soient enseignants, médecins ou chauffeurs de taxi, le salaire moyen versé par le gouvernement stagne à l’équivalent de 10 à 12 dollars par mois . Pour retirer cette dérisoire somme en liquide, les Cubains font face à des banques aux architectures somptueuses mais totalement vides de liquidités, les retraits aux distributeurs étant strictement plafonnés à 5 000 pesos par jour .

Le pays vit désormais sous une fracture sociale criante, visible à travers ses commerces :

Les magasins d’État (subventionnés) : Accessibles avec le carnet de rationnement mensuel (libreta), leurs étagères sont désespérément vides . Les produits d’hygiène de base comme le shampoing y sont devenus des denrées rares et précieuses.

Les supermarchés en dollars : Bien achalandés, ils ne proposent aucun produit américain (la marchandise provenant de pays alliés comme le Venezuela, le Vietnam ou l’Espagne) . Ces magasins restent totalement inaccessibles pour la majorité des Cubains payés en monnaie nationale, qui dépendent exclusivement de l’argent envoyé par leurs familles expatriées à l’étranger pour y faire leurs courses .

Pour survivre, la population n’a d’autre choix que de se tourner vers le marché noir, où les taux de change de devises sont dix fois supérieurs aux taux officiels .

L’embargo américain : le nœud coulant énergétique et technologique

Si les difficultés structurelles internes sont réelles, la cause majeure de cette accélération vers l’abîme réside dans le durcissement drastique du blocus imposé par Washington. Cuba subit désormais un véritable blocus énergétique : les pressions américaines se sont intensifiées sur les pays fournisseurs historiques (comme le Venezuela ou le Mexique) pour stopper net les livraisons de pétrole à destination de La Havane . Privée de brut pour alimenter des centrales thermiques obsolètes, l’île est asphyxiée.

Pour obtenir 20 litres d’essence dans les stations d’État gratuites, les automobilistes doivent s’inscrire sur une application gouvernementale de liste d’attente (Ticket) et attendre parfois plus de 3 mois que leur tour arrive, ce qui paralyse entièrement les transports .

Ce blocus isole également l’île sur le plan technologique. Des applications majeures de l’App Store ou des outils d’intelligence artificielle comme ChatGPT ne sont pas disponibles dans la région , . L’internet étant trop faible pour lire des vidéos en ligne, une économie parallèle s’est développée : les Cubains se rendent dans des boutiques spécialisées du marché noir pour acheter des films ou des séries préalablement téléchargés et copiés sur des clés USB .

Un pays figé dans le temps

Le paysage urbain témoigne de cet isolement historique. Plus de 60 % du parc automobile cubain est constitué de voitures américaines des années 1950 et 1960 . Faute de pouvoir importer des pièces de rechange, les mécaniciens locaux doivent fabriquer eux-mêmes leurs propres composants pour maintenir ces reliques en état de marche . De même, les cinémas locaux projettent encore des films d’animation vieux de trente ans comme Pocahontas, à condition qu’au moins 9 spectateurs soient présents et qu’une coupure de courant ne vienne pas interrompre la séance au milieu du visionnage ,

La crise du logement aggrave cette précarité : face à l’effondrement de nombreux bâtiments vétustes à La Havane et au manque d’équipements pour les réparer, l’État reloge d’urgence des dizaines de familles démunies à l’intérieur de gymnases ou de garages publics reconvertis, où la promiscuité est totale.

Quel avenir pour l’île ?

Bien que le contrôle social historique reste ancré dans les structures de quartier via les Comités de Défense de la Révolution (CDR), la population est aujourd’hui bien plus occupée à chercher sa nourriture qu’à surveiller ses voisins . Face à cette situation intenable, l’exode reste dans toutes les têtes : à la question de savoir si les proches et les voisins souhaitent quitter l’île, la réponse des habitants est unanime : presque tous veulent partir . Le peuple cubain, résilient mais à bout de souffle, continue de payer le prix fort d’une guerre géopolitique figée depuis la guerre froide .

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