Il y a cinq ans, le 18 août 2020, un groupe de colonels emmené par Assimi Goïta renversait le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Amadou Koïta, ancien ministre de la Jeunesse, se souvient de cette journée marquée par le chaos et l’incertitude.
Le réveil brutal d’un coup d’État
« Ce matin-là, j’étais chez moi, endormi. Très tôt, un collègue ministre m’a appelé pour me dire qu’un mouvement se préparait du côté de Kati, que des militaires avaient quitté leur caserne. J’ai tout de suite compris que c’était grave », raconte-t-il.
En quelques heures, les informations se sont multipliées : des pick-up chargés d’hommes armés aperçus sur la route de Bamako, la panique dans les rues, l’inquiétude grandissante au sein du gouvernement.
Un climat de tension déjà installé
Depuis plusieurs semaines, la pression montait. Le M5-RFP, coalition d’opposition regroupant partis politiques et leaders religieux, mobilisait des foules immenses pour exiger le départ d’IBK.
« Nous, au sein de la Convergence des forces républicaines (CFR), mettions en garde : l’opposition avait le droit de manifester, mais le pays était fragilisé par le terrorisme. L’armée avait besoin de cohésion à Bamako », se souvient Amadou Koïta.
Arrestations et chute du régime
En début d’après-midi, la nouvelle des premières arrestations tombe : plusieurs ministres, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné, sont interpellés. Vers 16 heures, une colonne de militaires se dirige vers Sébénikoro, au domicile présidentiel. Peu après, IBK et son Premier ministre Boubou Cissé sont arrêtés et conduits à Kati.
Le soir, à la télévision, un IBK fatigué apparaît pour annoncer sa démission, ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Un président résigné mais attaché à son pays
Après sa chute, Ibrahim Boubacar Keïta reçoit encore certains de ses anciens collaborateurs. « À chaque rencontre, il me disait : “Fils, c’est le destin. Mais ce pays nous appartient à tous. Travaillez pour la stabilité, la cohésion et la paix, afin de laisser un Mali meilleur à vos enfants.” »
Jusqu’à sa mort en janvier 2022, IBK se disait convaincu d’avoir donné le meilleur de lui-même pour le Mali, notamment pour renforcer l’armée face au terrorisme.
Un bilan amer, cinq ans après
Pour Amadou Koïta, cette journée restera une cicatrice : « Le 18 août 2020 a été un jour sombre pour le Mali. Beaucoup de ceux qui réclamaient bruyamment son départ se sont tus aujourd’hui. Quant à nous, nous vivons dans une incertitude totale, avec des libertés piétinées. »
