Abidjan, véritable château d’eau électrique de l’Afrique de l’Ouest, fait face au revers de son leadership. Entre des arriérés colossaux cumulés par ses voisins dont environ 182 milliards de FCFA pour le seul Mali et la nécessité de financer sa propre chaîne de production, la Côte d’Ivoire navigue sur une ligne de crête financière et diplomatique.

Exportatrice d’environ 8 % à 10 % de sa production électrique vers six pays frontaliers (Mali, Burkina Faso, Ghana, Libéria, Sierra Leone et Guinée), la Côte d’Ivoire s’est imposée au fil des ans comme le moteur indéboulonnable du réseau interconnecté de la CEDEAO. Mais derrière la fierté diplomatique et l’intégration régionale, la réalité comptable s’avère bien plus sombre.
L’ardoise s’allonge : Le Mali et le Libéria en première ligne
Les sociétés nationales d’électricité des pays importateurs, souvent confrontées à des crises structurelles internes et à des difficultés de trésorerie, peinent à honorer leurs engagements.
Le cas le plus critique demeure celui d’Énergie du Mali (EDM-SA). Enfoncé dans une crise financière sans précédent, le fournisseur malien accumule une créance estimée à près de 182 milliards de FCFA envers le secteur électrique ivoirien. Plus au sud, la Liberia Electricity Corporation (LEC) traîne également une ardoise récurrente de plus de 11,6 milliards de FCFA (environ 19,7 millions de dollars), ayant régulièrement poussé les autorités ivoiriennes à adresser des ultimatums formels de coupure.

Un effet domino sur la trésorerie ivoirienne
Ces impayés à l’exportation ne constituent pas de simples écritures comptables en attente : ils ébranlent directement l’équilibre financier de l’écosystème énergétique national.
La pression sur la CIE et CI-ENERGIES : La Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE) et la société d’État CI-ENERGIES se retrouvent prises en étau. Pour alimenter le réseau, elles doivent impérativement régler les Producteurs Indépendants d’Électricité (IPP) comme Azito ou CIPREL, tout en payant le gaz naturel extrait au large des côtes ivoiriennes.
Le recours à la dette publique : Pour éviter un grippage de la chaîne et garantir la rémunération des opérateurs privés, l’État ivoirien est contraint de s’interposer. Cela passe par des levées de fonds sur le marché financier et des emprunts bancaires pour combler les trous de trésorerie, alourdissant la dette globale du secteur énergétique national.
Le coût d’opportunité pour les ménages et les entreprises : Chaque dizaine de milliards non recouvrée à l’export représente un manque à gagner direct pour la maintenance des infrastructures nationales, la modernisation du réseau Haute Tension et la prévention des baisses de tension sur le sol ivoirien.
[ PAYS ACHETEURS ]
(Mali, Libéria, Burkina, etc.)
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▼ Impayés & Retards (ex: ~182 Mds FCFA EDM)
[ CI-ENERGIES / CIE ]
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▼ Besoin impératif de liquidités
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[ Producteurs Privés ] [ État Ivoirien ]
(Paiement du gaz/courant) (Recours à l'emprunt pour combler le déficit)
Géopolitique vs Rigueur commerciale : L’impossible coupure
Face à de tels montants, la tentation de « fermer le robinet » est forte. Pourtant, Abidjan temporise. Couper brutalement le courant au Mali ou au Libéria dépasserait le cadre d’un simple litige commercial : cela paralyserait des hôpitaux, effondrerait des pans entiers d’économies déjà fragiles et risquerait de détériorer le climat sécuritaire aux frontières.
La Côte d’Ivoire privilégie donc une stratégie d’arbitrage : réaménagement des échéanciers, réduction ciblée des volumes injectés en période de pointe, et accélération de la transition vers le Marché Régional de l’Électricité de l’EEEOA (WAPP). L’enjeu est désormais de conditionner les ventes à des garanties bancaires fermes pour que le rôle de « poumon énergétique » de la Côte d’Ivoire ne se transforme pas en gouffre financier pour ses citoyens.































