On les appelle les Gban. Pour beaucoup, ils sont les Gagou. Mais derrière ces noms se cache l’un des secrets les plus fascinants de l’Afrique de l’Ouest : l’histoire d’un peuple qui marchait déjà sous la canopée ivoirienne bien avant que les premiers royaumes ne voient le jour.
L’héritage des « Hommes de l’Ombre »
L’histoire de la Côte d’Ivoire est souvent racontée à travers les grandes épopées migratoires : le périple de la Reine Pokou pour les Baoulé ou la descente des Krou vers le littoral. Pourtant, à l’arrivée de ces conquérants et migrants, la forêt n’était pas vide. Elle était habitée par les Gban.
Les traditions orales sont formelles : les ancêtres des Gban étaient des populations de petite taille, parfaitement adaptées à la vie en forêt dense. Si le terme « Pygmée » est aujourd’hui discuté, la réalité biologique et historique confirme que les Gban sont les héritiers directs d’un substrat paléonégritique. Ils sont les gardiens de la mémoire génétique des premiers chasseurs-cueilleurs de la zone intertropicale.
Pourquoi sont-ils les « Vrais » premiers ?
Dire que les Gban sont les premiers habitants n’est pas une figure de style, c’est une réalité chronologique.
Alors que la plupart des groupes ethniques actuels (Akan, Mandé, Krou) se sont installés entre le XIVe et le XVIIIe siècle, les Gban étaient déjà établis dans le centre-ouest depuis des millénaires. Les « Propriétaires du Sacrifice » : Aujourd’hui encore, dans de nombreuses localités, lorsqu’une cérémonie rituelle liée à la terre doit être accomplie, c’est vers le « doyen » Gban que l’on se tourne. Ils possèdent ce que les historiens appellent le droit de premier occupant.
De la forêt profonde à la civilisation agraire
Le passage du mode de vie de « pygmée » (chasse et cueillette) à celui d’agriculteur ne s’est pas fait par remplacement, mais par assimilation. Au contact des vagues migratoires successives, notamment les Gouro et les Baoulé, les Gban ont adopté de nouvelles langues et techniques, tout en infusant leur propre culture chez leurs voisins. « Si la Côte d’Ivoire était un arbre, les Gban en seraient les racines les plus profondes, celles que l’on ne voit pas, mais qui soutiennent tout l’édifice. »
Un patrimoine à préserver
Aujourd’hui, les Gban (vivant principalement dans la région d’Oumé) représentent un pont unique entre la préhistoire africaine et la modernité. Reconnaître leur statut de premiers habitants, c’est rendre justice à une civilisation qui a su traverser les âges en silence, en harmonie avec une nature aujourd’hui menacée. Le nom « Gagou » est en réalité un exonyme donné par leurs voisins. Eux se nomment les Gban, un nom qui résonne comme un cri de fierté pour ceux qui ont vu naître la forêt.
