ABIDJAN, derrière les façades animées des maquis de Yopougon, la nuit ne cache pas seulement la fête. Elle abrite aussi un autre commerce florissant : le broutage, cette arnaque amoureuse devenue l’une des « spécialités » de la Côte d’Ivoire. Et selon plusieurs enquêtes, le Québec figure aujourd’hui parmi les cibles de prédilection de ces cybercriminels.
Le « business » de l’amour virtuel
« Ici, on peut tout avoir. Skinny, avec des formes… », lance Alvin, un ancien brouteur, avec un sourire en coin. La phrase, d’abord ambiguë, se révèle être une métaphore : celle d’un marché où l’amour se vend et s’achète derrière un écran.
Pendant des années, Alvin a séduit, manipulé et extorqué des centaines de victimes, principalement françaises et québécoises. « La clé, c’est la confiance. Si tu n’as pas leur amour, tu n’as pas leur argent », confie-t-il sans détour.
Un fléau international qui frappe le Canada
Au Québec, les autorités parlent désormais d’un véritable « crime organisé africain », implanté sur le territoire. Spécialisé dans la cyberfraude, le blanchiment d’argent et même l’exportation de véhicules volés, ce réseau s’appuie sur des centaines de jeunes arnaqueurs disséminés entre Abidjan et Montréal.
Les pertes se chiffrent en millions de dollars. Certaines victimes y laissent toutes leurs économies, séduites par de faux profils savamment entretenus sur les réseaux sociaux.
De Yopougon à Montréal : un système bien huilé
Dans les cybercafés vétustes d’Abidjan, des adolescents pianotent encore sur de vieux claviers, cherchant à « choper des clients », comme ils disent. Mais la nouvelle génération de brouteurs opère désormais de chez elle, avec une connexion privée, réduisant ainsi les risques d’interpellation.
Alvin se souvient d’un « collègue » ayant accumulé près de 700 000 euros en quelques années. « C’est devenu un métier. Certains y voient une ascension sociale », reconnaît-il, tout en affirmant avoir cessé ses activités après avoir vu la détresse de ses victimes.
Un phénomène difficile à enrayer
Selon certaines estimations, la Côte d’Ivoire compterait plus de 100 000 brouteurs. Pour beaucoup de jeunes issus de quartiers défavorisés, cette pratique est perçue comme une échappatoire à la pauvreté. Mais derrière les fortunes rapides, ce sont des vies brisées, notamment au Canada où le phénomène prend de l’ampleur.
