Politique

Mali : Assimi Goïta se proclame président jusqu’en 2030, avec mandat renouvelable sans élection

Au Mali, la transition militaire vient de franchir un tournant majeur. Le général Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, a promulgué une nouvelle loi qui prolonge son mandat présidentiel jusqu’en 2030, sans passer par les urnes.

Une décision actée par le Journal officiel

Selon une publication récente du Journal officiel du Mali, Assimi Goïta devient officiellement président pour un mandat de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ». Cette disposition ouvre la voie à une présidence à durée indéterminée, sous couvert de stabilité sécuritaire.

Il ne s’agit pas d’un prolongement symbolique : cette décision enterre de facto l’organisation d’élections présidentielles dans un futur proche, malgré les engagements initiaux pris auprès de la CEDEAO et de la communauté internationale.

Une transition qui s’installe dans la durée

La loi adoptée consacre un tournant autoritaire assumé de la transition malienne, qui se présente comme un régime d’exception justifié par l’insécurité persistante dans le pays.

Jusqu’à la pacification du pays, indique le texte, sans préciser les critères d’évaluation de cette « pacification », laissant ainsi la porte ouverte à des renouvellements successifs du mandat sans contrainte électorale.

Réactions attendues au niveau régional et international

Alors que le Mali a quitté la CEDEAO avec le Burkina Faso et le Niger, pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), cette décision pourrait accentuer l’isolement du régime malien sur la scène internationale. Elle risque également de raviver les tensions internes, notamment parmi les mouvements politiques et civils opposés à une gouvernance militaire à long terme.

Un climat de flou institutionnel

Cette annonce intervient dans un climat politique déjà trouble, marqué par l’absence de feuille de route claire pour un retour à l’ordre constitutionnel. Les institutions de transition restent sous contrôle de la junte, et les espaces de dialogue avec les partis politiques sont considérablement réduits.

Une présidence sans limite ?

Avec cette loi, Assimi Goïta devient l’un des rares chefs d’État africains à officialiser une présidence sans élection à l’horizon. Si le discours officiel parle de « nécessité sécuritaire », de nombreux observateurs y voient une confiscation durable du pouvoir, légitimée par un cadre légal voté sur mesure.

Ce nouveau cadre institutionnel pose de nombreuses questions : quelle légitimité pour un pouvoir sans mandat électif ? Jusqu’où ira la junte dans la concentration du pouvoir ? Et surtout, comment réagiront les populations maliennes, privées de toute perspective de vote d’ici 2030 ?

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