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Mankono-Séguéla-Tiéningboué : L’or clandestin gagne du Terrain .

Mankono, 4 heures du matin. Dans l’obscurité dense du Centre-Ouest ivoirien, le moteur d’un camion de transport de marchandises ronfle lourdement. À son bord, sous une bâche poussiéreuse dissimulant parfois des cargaisons de charbon, s’entassent des dizaines de silhouettes silencieuses. Des hommes, des femmes et des adolescents, venus pour beaucoup des pays frontaliers, partagent le même regard fatigué, habité par la fièvre de l’or.

Ce convoi n’est pas isolé. Il est l’un des maillons d’une noria humaine complexe qui converge vers un même épicentre : Séguéla. Sur le bas-côté de la piste qui mène à Tiéningboué, un riverain observe ce manège quotidien avec une vive inquiétude : « Ce qui se passe à Séguéla est une bombe à retardement. Chaque jour, des camions remplis d’hommes, de femmes et d’enfants venant des pays voisins passent par Mankono en direction de Séguéla pour l’orpaillage. » Ce témoignage met en lumière une réalité concrète : l’axe Mankono-Séguéla, via des localités comme Tiéningboué et Bobosso, est devenu le théâtre d’un flux migratoire informel de grande ampleur, attiré par les sites d’orpaillage clandestin. Une situation qui pose un double défi, à la fois environnemental et sécuritaire, dans une sous-région ouest-africaine en quête de stabilité.

Le défi environnemental : Une brousse sous pression

Pour mesurer l’impact de cette activité, il faut s’enfoncer dans les pistes forestières qui ceinturent Bobosso. Là où la végétation offrait autrefois un rempart de verdure, le paysage subit de profondes mutations. Des parcelles entières de brousse sont altérées, laissant place à des tranchées artisanales et des monticules de terre ocre qui perturbent les cultures traditionnelles d’anacarde et de cacao, piliers économiques des familles de la région.

Au-delà de la dégradation visuelle, c’est un problème chimique invisible qui inquiète. Pour extraire le métal précieux de la roche, les travailleurs clandestins manipulent des substances hautement toxiques telles que le mercure et le cyanure. Sans aucune précaution, ces produits s’infiltrent dans les sols et menacent de contaminer les nappes phréatiques ainsi que les cours d’eau environnants, indispensables pour le bétail et l’approvisionnement des villages.

L’ingéniosité des réseaux face au dispositif sécuritaire

Face à cette situation, les forces de défense et de sécurité ivoiriennes maintiennent une vigilance stricte sur les axes principaux. Cependant, les réseaux de passeurs rivalisent d’ingéniosité pour contourner ce dispositif en exploitant la topographie difficile de la région. Cette technique asymétrique du by-passing (le contournement) permet aux clandestins de fondre des flux d’individus sans documents d’identité fiables dans la masse des travailleurs agricoles. Dans un contexte régional marqué par l’instabilité transfrontalière au Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), cette fluidité humaine représente un défi majeur pour les services de renseignement. L’enjeu est de taille : empêcher que ces zones d’ombre économiques et humaines ne soient exploitées à des fins de financement occulte ou d’infiltration par des éléments hostiles extérieurs.

Vers une réponse globale et coordonnée

Face à ces menaces interconnectées, la réponse ne peut être uniquement sectorielle. Les autorités ivoiriennes multiplient déjà les opérations de démantèlement de sites illicites, mais le caractère mobile de ces réseaux exige une adaptation permanente. La préservation de la région de Séguéla repose désormais sur un équilibre fragile : intensifier la surveillance des voies secondaires, assainir durablement le secteur minier artisanal, et renforcer le dialogue avec les chefs traditionnels et les populations locales. Ce sont ces populations, premières sentinelles du territoire, qui restent le maillon essentiel pour signaler les mouvements suspects et aider l’État à désamorcer ce que les riverains qualifient déjà de « bombe à retardement ».

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