Société

Masturbation : entre bien-être intime et quête spirituelle, que retenir ?

Une pratique universelle, mais taboue

La masturbation, pratiquée depuis toujours et dans toutes les cultures, reste un sujet sensible. En Côte d’Ivoire comme ailleurs, elle se vit souvent dans le secret, entourée de tabous et de discours contradictoires. Certains y voient un geste naturel de découverte et de détente, d’autres une pratique condamnable sur le plan moral ou spirituel. Entre bien-être physiologique et interrogations religieuses, le débat reste ouvert.

Le corps et le plaisir : les bienfaits reconnus

Sur le plan médical, la masturbation est considérée comme une pratique sans danger lorsqu’elle est modérée.

  • Bien-être physique : libération d’endorphines, diminution du stress, meilleur sommeil.
  • Santé sexuelle : découverte du corps, prévention de certaines dysfonctions sexuelles, amélioration de la connaissance de soi.
  • Épanouissement personnel : elle aide certaines personnes à mieux communiquer leurs désirs à leur partenaire.

Un sexologue abidjanais explique : « La masturbation n’est pas un problème en soi. Elle peut même être bénéfique, surtout chez les jeunes adultes qui découvrent leur sexualité ou chez les couples séparés par la distance. »

C’est d’ailleurs ce que confirme Serge, 27 ans, étudiant :
« J’ai longtemps culpabilisé, mais un psychologue m’a aidé à comprendre que c’est normal, tant que ça ne prend pas toute ma vie. »

Quand la pratique devient problématique

Comme toute recherche de plaisir, la masturbation peut devenir excessive. Usage compulsif, isolement social, perte d’intérêt pour la vie de couple ou la spiritualité… ce sont des signaux d’alerte.
« Nous voyons des jeunes qui se sentent prisonniers, incapables de contrôler le geste. Là, il ne s’agit plus de bien-être, mais d’un trouble du comportement », témoigne un psychologue clinicien à Cocody.

Les risques d’addiction sont aussi liés à la consommation massive de contenus pornographiques, qui peuvent modifier la perception du désir et créer de fausses attentes.

La voix des religions

La masturbation est l’un des points les plus débattus au sein des religions.

  • Christianisme : souvent associée au péché de luxure, elle est perçue comme une atteinte à la pureté du corps et de l’esprit. Certains courants évangéliques insistent sur la maîtrise de soi comme signe de foi.
  • Islam : les avis varient. Certains érudits l’interdisent totalement, d’autres la tolèrent dans des situations précises (éviter l’adultère, par exemple).
  • Spiritualités africaines : la masturbation est parfois vue comme un acte qui disperse l’énergie vitale, une perte de “force intérieure” qui devrait être préservée pour la fécondité.

Anita , 33 ans, très engagée dans son église, confie :
« Pour moi, c’est une faiblesse spirituelle. J’essaie de prier et de jeûner pour m’en détacher. »

Entre culpabilité et équilibre personnel

La confrontation entre bien-être et spiritualité se joue au niveau intime. Certains trouvent dans la masturbation un moyen de gérer leur énergie sexuelle sans infidélité.


C’est le cas d’Ismaël, 40 ans, marié : « Quand je voyage, c’est une manière de rester fidèle à ma femme. Je le vis sans honte. »

Ces trajectoires montrent la diversité des expériences : pour certains, une libération ; pour d’autres, une source de culpabilité ; et pour d’autres encore, un compromis entre désir et fidélité.

Vers une approche équilibrée

Entre discours médicaux, psychologiques et spirituels, chacun doit trouver sa propre voie. La masturbation peut être un outil de bien-être, à condition de ne pas devenir une dépendance. Elle interroge aussi sur la manière dont on vit sa sexualité, sa foi et sa relation au corps.

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